Le Bricabrac Schizophrénique

des idées en vrac, une pincée de bonne humeur et une bonne dose d’amitié…

 

VeÖ – chapitre V 4 janvier, 2011

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 20:33

 


V.

Les Monts Neigeux



À Drakensvärt, l’agitation était à son comble. La nouvelle d’une Haxä s’étant enfuie à dos de Scythe afin d’échapper à son jugement s’était répandue comme une trainée de poudre parmi le peuple et avec elle s’était levé un vent de panique. Déjà, on cherchait les responsables d’une telle catastrophe et on préjugeait des conséquences de cette impardonnable négligence. Chacun redoutait en son fort intérieur une nouvelle levée des Haxä et des images de guerre, d’asservissement, de messes noires, ressurgissaient du passé comme un lointain cauchemar. Mais si prononcer le mot Haxä faisait frissonner d’horreur tout un chacun et suffisait à remémorer les pires moments d’Ogäll, il n’en avait pas toujours été ainsi. Il y avait de cela cinq cent ans, les Haxä vivaient au milieu de tous et formaient une caste vénérée pour ses pouvoirs et sa sagesse. On les croyait élus des dieux et leurs représentants sur terre. De fait, ils tenaient une place importante dans la vie religieuse en Öskaalie mais aussi dans tout Ogäll. Chaque caste de chaque comté était rattachée à un vaste réseau et le dirigeant de ce réseau était un Haxä à la puissance redoutable, appelé Vilmang. Vilmang était un être d’une extrême intelligence dont le coeur était aussi dur que la pierre. Une pierre qui n’en était pas moins dotée de failles infimes qui furent le début d’une longue période de souffrance pour le monde entier. Vilmang était ambitieux. Une ambition sans bornes ni refuge qui le conduisit à pousser ses pouvoirs toujours plus loin, au travers d’expériences obscures qu’il menait en secret dans son cabinet, seulement entouré de quelques pages et assistants. Il voulait découvrir l’essence de la magie et la posséder, ne plus faire qu’un avec elle, Être Elle. Ainsi ses pouvoirs ne seraient plus jamais limités par son humanité : faiblesse, fatigue, maladie, vieillesse… Il acquit rapidement la certitude que la réponse était uniquement en lui. Il aurait beau sacrifier illégalement toutes les créatures dotées de pouvoir anciens, il n’acquerrait jamais le secret de leur pouvoir. Mais s’il cherchait profondément dans les tréfonds de son âme, il trouverait là un puits intarissable d’énergie, il en était certain. Progressivement, il repoussa les limites de son corps et de son âme et ses années d’efforts et de sacrifices furent récompensées. Les digues de son humanité se rompirent et la magie jaillit dans sa toute puissance, comme un torrent furieux, indomptable. Mais si Vilmang avait pensé fusionner avec elle, il n’avait pas prévu de s’en trouver esclave. Pourtant, la magie ne lui laissa plus jamais un moment de répit. Elle le nourrit autant qu’elle exigea de lui et il devint à la fois l’être le plus puissant et le plus misérable que le monde d’Ogäll ait jamais porté. L’humanité qu’il avait tant cherché à fuir l’avait bel et bien déserté pour faire de lui un monstre hideux, blafard, amaigri, transfiguré par la magie jusqu’à son dernier degré. Il se cacha alors sous un manteau sombre à large capuche qui devint l’habit de l’Haxä. La magie attirant la magie, Vilmang n’eut plus qu’une idée en tête : fournir plus de combustible à la maitresse intransigeante qui bouillonnait en lui. Il révéla son nouveau visage au monde. Il choisit pour cela l’événement le plus important en Ogäll : tous les deux ans avait lieu un grand Conseil des Peuples réunissant tous les grands dirigeants, amis ou ennemis, pour discuter de l’avenir du monde. Cette année là, le Conseil avait lieu en Öskaalie, à Örnstad, la Cité de l’Aigle. Cette ville fortifiée avait été taillée à même la montagne. Elle était réputée imprenable de part sa position dominante sur le reste de la région et de son accès particulièrement difficile y compris pour ses habitants eux mêmes. Cela en faisait un lieu privilégié pour la réunion du Conseil, offrant un abri facile à sécuriser. Vilmang y vit une raison supplémentaire d’y faire la démonstration de sa supériorité, un exploit qui marquerait les esprits à tout jamais. Déjà deux années qu’il se tairait loin du monde, préparant son jour de gloire, dressant une armée prête à envahir le monde dès qu’il en donnerait le signal. Quand il fit une arrivée tonitruante en salle du Conseil, personne ne le reconnût d’abord. Puis la stupeur fit place à toute autre émotion quand Vilmang révéla ses nouvelles marques et son visage hideux. Il s’exprima ainsi :

- Une nouvelle ère se lève. Aujourd’hui, la magie demande à trouver sa véritable reconnaissance. Le temps des Haxä est venu. Nous ne resterons plus cloitrés dans les temples. Soyez avec nous ou mourrez ! Il n’y aura pas d’autres alternatives pour les lâches et les rebelles.

Les dirigeants se levèrent tous en même temps et crièrent au scandale. Comment accepter une telle chose venant de cette caste si respectable ? Mais surtout, personne ne voulait croire que les Haxä puissent être assez puissants pour imposer de telles conditions. Mais Vilmang n’était pas venu négocier. Il sortit son bâton d’ébène de sous son manteau et l’éleva vers le ciel avant de l’abattre sur le sol. En quelques minutes, la ville entière fut rasée. De ce que fut Örnstad l’orgueilleuse, il ne resta que quelques remparts fumants. Quand plus rien ne bougea, Vilmang laissa quelques survivants traumatisés s’enfuir pour raconter le massacre qui avait eu lieu et répandre la nouvelle de cette catastrophe. Le monde se trouvait dès lors affaibli, la plupart des contrées se retrouvant sans dirigeants et devant faire face à une menace terrifiante à laquelle elles ne s’attendaient pas. Contre la magie nul n’était préparé. Vilmang lança ses armées sur le monde, méthodiquement. Les peuples qui vénéraient autrefois les Haxä les craignaient d’autant plus et se trouvaient presque incapables de se dresser devant eux. La terre entière fut bientôt noyée dans le sang des innocents. Très vite, certaines nations décidèrent de se joindre à Vilmang, pour ne pas mourir. Ces peuples furent aussitôt réduits à la servitude la plus totale et les autres massacrés jusqu’à complète reddition. Parallèlement, tout nouvel Haxä se devait d’être recensé et de rejoindre les rangs de l’armée de Vilmang sous peine de subir un sort funeste. Le monde sombra dans le chaos et la souffrance. Vilmang devint le maitre absolu en Ogäll. Il établit le siège de son pouvoir là même où il l’avait révélé, dans l’ancienne Cité de l’Aigle, plus communément appelée Monts Neigeux quelques siècles plus tard.

 


Grimma, lui, ne se faisait pas tant de soucis. Il ne suivit même pas les nouvelles. Quand le Conseil se réunit à nouveau pour discuter des recherches à mener et comment procéder, il croisa ses mains derrière son dos et attendit. Alwine Galenwan semblait plus dure et impénétrable que la plus froide des pierres des Monts Neigeux. Elle se maudissait de ne point avoir fait surveiller ce jeune fou de Samuel Amaralas qui, encore une fois, avait fait la preuve de son immense clairvoyance. La matriarche avait l’air furieux et inquiet, ce qui ne lui correspondait si peu, et les autres membres du Conseil grondaient. Alwine tenta tant bien que mal de calmer les ardeurs de chacune en défendant sa fille, mais ses arguments furent balayés par sa trop grande implication dans l’affaire. Finalement, elle baissa la tête, vaincue. Quand la matriarche demanda si quelqu’un avait des suggestions afin de retrouver la fille, Grimma prit enfin la parole, savourant l’intensité des regards posés sur lui :

- La magie contrôle déjà en partie la fille…. Mais heureusement pour nous, elle s’est échappée à l’aide d’un des Scythes de la Horde. Ils ont la particularité de ne répondre qu’à la magie et cette magie leur permet aussi d’être connectés entre eux et de communiquer. Laissez moi faire et nous n’aurons aucun mal à retrouver celui là ainsi que la fille. Ensuite, quand nous l’aurons retrouvée, je m’occuperais personnellement de son cas, si vous le voulez bien. J’ai bien peur de l’avoir encore sous-estimée et il est maintenant trop tard pour revenir sur notre décision.

La matriarche hésita un instant en son fort intérieur. Elle n’appréciait pas être commandée de la sorte par ce perfide, mais elle sentait qu’elle ne pourrait pas s’opposer à lui sans engendrer une pagaille sans précédent, et pas seulement au sein du Conseil. Il était temps d’éloigner cette menace de Drakensvärt. Et le plus tôt serait le mieux. Elle hocha donc la tête et Grimma quitta la tribune, entièrement satisfait par la tournure des événements. Au loin, un petit cheval bigarré s’enfuyait dans la nuit en direction des Rocheuses.

 

Le Scythe se posa dans une alcôve rocheuse, à l’abri du vent. Les jeunes gens étaient si frigorifiés qu’ils ne réagirent pas tout de suite, leurs muscles figés par le froid. Saya se décida néanmoins à se laisser glisser sur le côté et ressentit douloureusement le choc dans ses chevilles raides. Quant à Samuel, ce n’était guère plus glorieux. Si Saya ne l’avait pas rattrapé, il serait probablement tombé à terre tant il était épuisé. Le vol s’était avéré long et périlleux, les deux fuyards devant résister au froid intense et s’accrocher solidement pour ne pas s’écraser des centaines de mètres plus bas. Le Scythe resserra ses ailes contre lui, secoua la tête et darda sur eux un regard d’envie qui ne disait rien qui vaille. Sam, que le froid faisait bégayer, demanda :

- Tu es sûre que c’est une bonne idée de le garder ?

Saya haussa les épaules et répondit :

- Je n’en sais rien, mais si tu veux te prêter volontaire pour le chasser, vas y. Personnellement, je ne me sens pas d’aller le contrarier.

Sam se renfrogna :

- Tant qu’il n’espère pas me bouffer pour le déjeuner, je crois que je pourrais supporter son odeur d’oeuf pourri.

La jeune fille ne put s’empêcher de sourire :

- Pourtant, tu es déjà cuit à point, grâce aux talents de ce prédicateur. Tu dois avoir une odeur bien alléchante pour le Scythe.

 

- Ah ! Très rassurant, merci Saya ! Je suis bon pour ne pas fermer l’oeil de la nuit !

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Mais bientôt l’écho de son rire rejoignit celui de Saya qui ne cachait plus son hilarité. Ils étaient frigorifiés, perdus dans les Rocheuses, sans ressources ou presque, et en présence d’un prédateur redoutable, mais ils étaient en vie et ensemble. Ils décidèrent de ne pas allumer de feu pour ne pas attirer d’éventuels poursuivants ou d’autres créatures peu fréquentables et Saya ouvrit son baluchon à la recherche de la nourriture qu’elle y avait entreposé pèle mêle en partant. Elle faillit pousser un cri lorsqu’elle sentit quelque chose d’inhabituel à l’intérieur. Des poils. Le coeur battant, elle écarta un peu plus les pans de son sac de voyage et l’approcha de l’ouverture de l’alcôve afin d’y faire pénétrer quelques rayons de lune et d’y voir un peu plus clair. Comme Sam la regardait étrangement, se demandant se qu’elle fabriquait, Saya expliqua d’une voix tendue :

 

- Il y a quelque chose d’étrange et de poilu dans mon sac.

Ils se penchèrent tous les deux au dessus, Sam ayant dégainé son poignard par anticipation, des fois qu’une créature du désert peu recommandable se soit faufilée à l’intérieur. Mais il rengaina bien vite son arme en découvrant ce qui se cachait là. Un Stigg à la peau du ventre bien tendue dormait comme un bienheureux au milieu des vêtements de Saya et au vu des miettes et des résidus, il avait copieusement diné avant de décider de piquer un petit somme. Les Stigg passaient la plupart de leur temps à manger et à voler (ces deux activités allant de pair chez eux) mais il adoraient par dessus tout se réfugier dans des endroits exigus et douillets dans lesquels ils pouvaient s’endormir profondément sans risquer d’être dérangés. Celui là avait visiblement trouvé son paradis : nourriture en abondance et vêtements chauds. Roulé en boule sur le côté, sa longue queue entourée autour de son corps, rien ne semblait pouvoir le réveiller. Voyant que la petite créature à peine plus grande qu’une main avait réussi à engloutir si vite leurs maigres réserves de nourriture, Saya imagina une correction fort sévère à infliger au petit opportuniste pour son forfait, mais il dormait si bien, et il semblait si abandonné dans ses vêtements, qu’elle n’eut pas le coeur de le déranger. Sam soupira et la prévint :

- Ce monstre va aussi dévorer tes vêtements quand il aura faim et qu’il sera réveillé ! Après avoir englouti nos seules réserves, il mériterait bien qu’on le fasse rôtir !

Mais Saya n’écoutait déjà plus Sam. Elle était beaucoup trop occupée à caresser le petit ventre blanc qui s’offrait à elle du bout de l’index. Sam secoua la tête et cela lui permit de voir l’intérêt dans le regard du Scythe non loin. L’atmosphère s’alourdit brutalement et Sam n’eut que le temps de crier le prénom de son amie que le Scythe bondissait en avant pour attraper la petit chose chaude dont le coeur battait si vite et qu’il venait de sentir. Le Stigg s’éveilla dans le même temps, perturbé par la menace qu’il sentait confusément non loin et jaillit comme un diable hors du sac. Saya se mit entre le Scythe et sa proie et tendit une main en avant pour se protéger, dans un geste réflexe. Le Stigg bondit dans ses cheveux et se réfugia dans sa nuque en enroulant sa queue autour de son cou, ce que, de mémoire de svärtien, aucun Stigg n’avait jamais fait avec un humanoïde. Saya reçut comme un choc lorsque le petit animal au pelage fauve rayé de noir entra en contact avec elle. Comme si elle avait été touchée par un objet métallique venant juste d’être frappé par la foudre. Les battements de son coeur s’accélèrent brutalement et soudain sa vision et ses sens s’élargirent, se diversifièrent. Elle voyait, sentait, entendait tout ce que le Stigg sentait ! Et elle ressentait profondément la terreur qu’il éprouvait, elle distinguait même les battements frénétiques de son coeur sur sa peau nue qui semblaient se propager comme une onde le long de sa gorge et de sa poitrine. Le flot de ces sensations la désorienta un instant et le Scythe fut sur elle en moins de temps que cela. Sa tête aux crocs luisants entra en contact à nouveau avec sa main et le fluide glacial la parcourut comme la première fois. Mais cette fois, elle y était préparée et repoussa aussitôt les images mentales de la créature. Elle envoya en sens inverse toute sa colère et sa peur dans un refus muet et le Scythe recula, l’air contrarié. La jeune fille commençait à comprendre comment fonctionnait la communication avec cet être terrifiant et décida de s’approcher de lui pour poser à nouveau sa main sur son front. Elle visualisa les montagnes et la sensation de faim qui la tenaillait depuis quelque temps. Elle s’efforça d’imaginer un troupeau de bouquetins, malgré la répulsion que cela lui causait d’inciter le Scythe à chasser. Mais il lui semblait qu’aucune autre alternative ne se présentait à eux et elle ne voulait pas risquer un accident pendant la nuit. Le Scythe émit un long grondement guttural et elle crut entendre distinctement le son « ragnark » dans ce qu’il lui semblait être une démonstration de la bonne humeur de la créature. Elle enleva sa main prudemment et le Scythe s’élança dans la nuit sans un regard en arrière. Sam n’avait pas eu le temps de faire quoique ce soit et restait médusé à fixer sa meilleure amie, la bouche ouverte.

- Comment as tu fait ça ??

Saya le regarda comme si c’était l’évidence même :

- Les Scythes communiquent. Quand j’ai touché Ragnark, j’ai vu des images qu’il m’envoyait et je lui ai répondu de la même façon.

- Ragnark ?

- Oui. Je crois que c’est comme ça qu’il s’appelle…

Puis elle passa une main dans ses cheveux et caressa du bout des doigts le petit Stigg qui se mit à frotter ses dents les unes contre les autres en signe de contentement. Saya restait pensive. Elle n’avait jamais communiqué autant et d’une manière si étroite avec les créatures non humanaïdes l’entourant. Il lui semblait soudain que l’univers entier dans lequel elle évoluait était bien plus vaste et complexe que tout ce qu’elle avait imaginé jusque là et cela lui donna un peu le vertige. Bientôt, le petit animal dans ses cheveux commença à lui ronger les ongles minutieusement, en guise de toilettage mutuel. Elle sortit de sa songerie quand elle sentit Sam bouger avec difficulté. Elle se rappela alors qu’il était blessé et se précipita vers lui. Le jeune homme essayait de leur faire une couche improvisée pour la nuit avec les affaires de Saya. Elle lui prit les affaires des mains :

- Attend, Sam, je vais le faire. Repose toi.

Samuel aurait bien protesté mais c’était tout juste si ses jambes le portaient encore. Alors il laissa Saya disposer quelques vêtements sur la paroi rocheuse et obéit quand elle lui demande d’ôter sa chemise en lambeaux. Ce n’était guère beau à voir : malgré l’absence de lumière, on distinguait nettement de profondes zébrures et des cloques sur tout la largeur de son dos. Saya se demandait avec angoisse comment aider son ami. Elle n’avait aucune trousse de premiers secours et il était trop tard pour se lancer à la recherche de plantes médicinales dans le désert. Sans parler du fait qu’ils devaient rester discrets. Dans le même temps, laisser les blessures de Sam en l’état, c’était risquer l’infection à coup sûr. La peau suintait par endroits et nul doute que cela ne guérirait pas seul. Sam suggéra maladroitement :

- Une bonne nuit de sommeil, et je me sentirais déjà mieux…. Et puis, il fait trop sombre, on y verra plus clair demain matin….

Saya repensa aux paroles de son ami dans la chambre, quand il lui avait affirmé qu’elle pouvait modeler sa magie à son image. Que rien n’était tout bon ou tout mauvais en ce monde. Si elle se concentrait, peut être pouvait elle aider Sam…. Mais comment être sûre de ne pas lui faire de mal ? Elle en tremblait, rien qu’à l’idée.

- Saya ?

La jeune fille s’ébroua et balbutia :

- Je me demandais si… Peut être que ma magie pourrait t’aider… Si seulement je savais comment m’en servir…

Sam frissonna dans l’air du soir. L’idée de servir de cobaye à la magie de Saya ne l’enchantait guère, d’autant qu’il venait de faire les frais de la dite magie, mais il savait que sa réaction serait décisive dans la façon dont se percevrait Saya et celle dont elle verrait sa magie. Alors il prit un ton dégagé pour répondre :

- C’est une bonne idée !

Saya sentit qu’il prenait un ton beaucoup plus léger que ce qu’il ressentait vraiment mais fut reconnaissante d’une telle marque de confiance de sa part. Néanmoins, elle était loin d’être aussi confiante que lui. Sam, voyant qu’elle hésitait toujours, insista :

- Allez, quoi, Saya, tu ne vas pas te défiler ! J’ai confiance en toi ! Je sais que tu peux le faire ! Je t’ai connue beaucoup plus courageuse que ça !

Il jouait toujours sur la corde sensible avec elle, surtout en attaquant sa fierté et sa détermination. Saya fronça les sourcils, pas dupe du stratagème :

- Il ne s’agit pas d’un stupide défi, Sam, mais de toi et de ton dos ! Je ne veux pas te faire de mal !

Samuel prit un ton catégorique :

- Très bien. Alors, il n’y a plus à en discuter. Dormons, nous aviserons demain.

Sans laisser le temps à son amie d’ajouter quoique ce soit, il s’enroula précautionneusement dans sa chemise et se coucha sur le côté. Saya restait torturée mais elle finit par se dire qu’il valait mieux prendre le risque d’un début d’infection plutôt que de brûler Sam encore plus sévèrement. Elle repensait au cadavre fumant du Skaad et frissonna d’horreur. Elle avait encore du mal à réaliser qu’elle était à l’origine de cette… chose. Elle ne parvenait même pas à le définir. Le Stigg dans sa nuque se colla plus étroitement encore contre sa peau, peut être aussi conscient qu’elle de ce qu’elle ressentait, et elle eut un sourire amer. Il y avait bien des avantages à ses nouveaux pouvoirs… Mais à quel prix ? Elle se glissa dans le noir près de Samuel, se blottissant contre sa poitrine et en rabattant sur eux sa cape, maigre rempart contre le froid de la nuit. Le Stigg lui mordilla l’oreille comme s’il tétait sa mère, un geste instinctif pour lui, et Saya comprit qu’il était encore très jeune, peut être tout juste sevré. Il semblait s’en remettre totalement à elle pour sa sécurité et siffla doucement en signe de gratitude. Samuel soupira :

- J’espère qu’il ne va pas roucouler toute la nuit, sinon je te promets que je l’étrangle !

Il passa douloureusement un bras autour de la taille de son amie afin de partager leur chaleur au maximum et elle s’en trouva bien aise. Elle répondit quelque temps plus tard :

- Sili est mon protégé maintenant… Il me fait confiance.

Sam eut un rire narquois :

- Je suppose que lui aussi « communique » et que vous avez fait les présentations…

- Non. Il n’a pas l’air de savoir parler. Mais quand il siffle, ça fait ce petit bruit « silisilisilisili »…. Tu n’entends pas ?

Sam secoua la tête et répondit :

- Dors Saya… Nous aurons besoin de toutes nos forces demain matin.

Saya sourit en sentant une légère pointe de jalousie dans les propos de son ami et ferma les yeux. Soudain, toute la fatigue de cette journée mouvementée s’abattit sur elle et ses muscles se détendirent peu à peu. À l’instar de Sili, elle sombra alors dans la profondeur des limbes de Nyctea, la déesse de la nuit en Ogäll. Comme dans un étrange cauchemar, elle vit derrière ses paupières fermées d’étranges flocons de neige tourmentés par des vents impétueux, et le gris des montagnes où on voyait rougeoyer au loin un immense brasier, qui illuminait de ses feux la vallée en contre-bas.


 

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