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Voyages en Ogäll ou Les Contrées Hostiles – Chapitre II 2 décembre, 2010

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 20:37

 

II.

Drakensvärt


Drakensvärt la Ténébreuse était l’une des grandes cités qui faisaient la gloire de la région d’Öskaalie. D’aucun lui enviait ses remparts couleur d’ébène qui avait contribué à sa légende. On racontait que dans les temps anciens, avant que cette partie du monde ne soit recouverte par les sables, un dragon mythique s’était posé là pour mourir. Il avait déployé ses larges ailes noires autour de lui et s’était éteint dans un nuage de souffre. Ainsi disait-on que les remparts de la ville étaient en réalité la partie émergée des ailes du grand dragon noir et que la cité s’était construite dans leur étreinte. Cette légende expliquait la singularité de ses remparts aussi infranchissables qu’irréguliers. Personne n’aurait jamais osé imaginer qu’un architecte mal inspiré ou un peu trop porté sur la bouteille eut gâché les plans de construction des remparts de la grande cité. Quoiqu’il en soit, ces remparts irréguliers dont les extrémités étaient aussi tranchantes que l’acier donnaient à la ville cet aspect sombre et terrifiant qui inspirait le respect à toute personne étrangère à ses murs. Ces pics acérés donnaient l’impression de vouloir défier le ciel dont le Soleil impitoyable maltraitait toute forme de vie en ces lieux. Toute l’architecture de la ville avait été pensée pour résister aux assauts des éléments dans cette contrée hostile. Drakensvärt semblait presque construite dans un seul et même bloc de roche tant les rues étaient étroites et les bâtiments rapprochés les uns des autres. Tout avait été aménagé afin de limiter les déplacements longs et protéger les habitants des rayons du soleil. Le centre de la ville regroupait les fonctions essentielles de la cité: les principaux commerces et marchés, les institutions du pouvoir et les temples de culte. Ici, on vénérait bien entendu Sòl, déesse guerrière du soleil, maitresse de toute forme de vie en cette partie du monde, mais aussi Ingunäar, dieu de l’eau et de la fécondité. C’étaient des dieux infiniment beaux et terribles et leurs adeptes ne manquaient jamais de leur faire un sacrifice afin de se prémunir d’un sort funeste. On n’oubliait pas non plus d’adresser une prière aux esprits du désert qui pouvaient provoquer d’infernales tempêtes de sable et égarer le voyageur imprudent aussi bien qu’ils pouvaient le mener vers les merveilleux trésors d’un oasis encore vierge. Afin de rester en bons termes avec eux, il convenait aussi de ne jamais provoquer leur colère par une quelconque offense, en ne crachant jamais dans le sable, par exemple. Ainsi, mille et une règles régissaient la vie des Svärtiens au quotidien dans l’espoir de ne jamais déplaire aux forces qui ordonnaient leur univers.

Mais si les croyances svärtiennes alimentaient bien des plaisanteries en d’autres lieux, contribuant pour partie à leur renommée, les Svärtiens étaient surtout connus pour leurs talents d’orfèvre et de forgeron. En effet, le Sud de l’Öskaalie regorgeait de gisements des plus précieux minerais du monde auxquels on associait des propriétés plus ou moins magiques selon les régions : Or bleu aux vertus médicinales diverses, Obsidienne noire utilisée dans la fabrication des bijoux et des armes afin d’assurer détermination et force à son détenteur, Rubis pour la fertilité et plus banalement Fer dont les propriétés concrètes se passaient de commentaires. On trouvait encore à profusion de ces richesses dans les profondeurs des grottes situées à l’extérieur des portes de la ville, dans le dédale des Rocheuses. Ce territoire, sans appartenir à qui que ce soit, était généralement rattaché aux terres svärtiennes, non en raison de sa proximité mais plutôt du fait de sa dangerosité. C’était notamment le lieu de prédilection des Skaads pour la ponte durant la saison des Grands Orages car ils aimaient enfouir leurs oeufs au plus profond des grottes. Et gare à l’aventurier malchanceux qui confondait un oeuf de Skaad avec une pierre précieuse ! Mais les Skaads n’étaient pas les seuls dangers de ces montagnes : leur complexité avait tôt fait de perdre le voyageur non initié et les éboulements étaient fréquents. Il fallait aussi composer avec toutes sortes de créatures rampantes ou volantes et de plantes dont la beauté n’avait d’égale que leur toxicité. Les habitants de Drakensvärt avaient une connaissance infinie de cette ancienne chaine de montagnes qui marquait la frontière entre l’Öskaalie et les Mers de Saphir. En naissant et en vivant dans les dunes, ils apprenaient vite les pièges redoutables de leur environnement, initiation indispensable pour tous ceux qui souhaitaient survivre. Cependant, il n’était pas rare de découvrir des restes humains ou d’animaux en parcourant ces grottes et ce n’était point un hasard si de riches investisseurs étrangers préféraient embaucher des guides svärtiens pour explorer ces lieux plutôt que d’envoyer des compatriotes. Aussi, les services des Svärtiens se vendaient à prix d’or et étaient tout autant recherchés que leurs oeuvres d’art et cela contribuait à la richesse de la cité. Tout aussi naturellement, Drakensvärt avait bénéficié des gisements pour son développement et s’était rapidement hissée au rang de puissance et de splendeur d’Öskaalie. On venait de partout pour admirer sa beauté, ses magnifiques constructions dont la moindre porte, le moindre ornement était un chef d’oeuvre de ferronnerie. Mais si les minerais précieux étaient avant tout dédiés à l’expression artistique des artisans de Drakensvärt, ils étaient aussi une monnaie d’échange ayant permis l’aménagement de la ville et notamment son approvisionnement en eau et son évacuation. Un système de canalisation aussi ingénieux que couteux avait vu le jour après des années de travaux titanesques quelques décennies plus tôt, quand l’expansion de la ville et l’explosion démographique avaient rendu indispensable un approvisionnement en eau à grande échelle. Par la même occasion, les bâtiments de la ville avaient pris quelques étages et les quartiers résidentiels s’étaient développés. Les riches avaient rapidement migré vers les Palmeraies à la périphérie de la cité dans les quartiers les plus éloignés du centre-ville surpeuplé et constamment embouteillé. À l’abri des grands arbres, ils s’assuraient fraicheur et calme et envoyaient leurs domestiques pour leurs commissions importantes dans le coeur de la ville. De fait, plus on s’éloignait du centre, plus les demeures se faisaient imposantes et somptueuses. Dès lors, on peut sans peine imaginer l’ébahissement de l’étranger qui, après un long et périlleux voyage, voyait soudain émerger sous ses yeux incrédules ces remparts noirs et brillants renfermant comme un écrin cette cité-bijou entourée de palmiers verdoyants contrastants étrangement avec l’austérité des miradors.

C’était là qu’avaient grandi Saya et son ami Samuel ainsi que leurs chevaux, Nöraa et Öde. Comme on l’a dit, les chevaux avaient une place importante en Öskaalie, mais c’était également vrai pour toutes les espèces vivantes et sensibles qui peuplaient cette région. La vie était bien trop rare et précieuse pour être gaspillée inutilement. Ainsi, les équidés étant des alliés naturels des humains dans cette partie du monde, ils trouvaient refuge dans la cité, et vivaient librement dans les Palmeraies, véritables oasis où l’on cultivait aussi moult variétés de plantes et de céréales. Il n’était d’ailleurs pas rare que les chevaux se servent dans les cultures mais ils bénéficiaient généralement des largesses des cultivateurs, qui veillaient à poser des clôtures afin de limiter les dégâts. En échange de leur clémence, ces derniers pouvaient compter sur l’aide précieuse des équidés pour les débarrasser efficacement des mauvaises herbes. La cohabitation entres humanoïdes et animaux était paisible en Öskaalie, à condition que l’une des espèces n’ait pas un intérêt particulier à défendre nécessitant d’éliminer la vie de l’autre. C’était ce terrible et fragile équilibre entre les forces et les intérêts de chacun à survivre qui rythmait la vie et ses tragédies dans le désert. Tout du moins la plupart du temps, car il arrivait parfois que les humains se chargent eux mêmes de cette besogne.

 

2 Commentaires

  1.  
    Fix
    Fix écrit:

    hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii :D trooop bien écrit, j’adore vraiment le style et c’est pas pour te lancer des fleurs !

  2.  
    Ewillana
    Ewillana écrit:

    Merci Fix !!! :D

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