Le Bricabrac Schizophrénique

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Voyages en Ogäll ou Les Contrées Hostiles – Chapitre I 30 novembre, 2010

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 2:58

I.

Sables Mouvants

Sous le Soleil impitoyable, les dunes de sable noir s’étendaient à perte de vue, donnant l’impression d’un océan figé en pleine tempête. Quatre chevaux continuaient à marcher malgré l’atmosphère de plus en plus pesante, leur sabots s’enfonçant dans le sable brulant jusqu’aux paturons. Tout était étrangement calme et silencieux. Immobile, comme en attente. Les cavaliers jetaient des coups d’oeil nerveux autour d’eux, craignant la colère d’un dieu invisible qui n’attendrait que le moment idéal pour jeter l’Enfer à leurs trousses. Et soudain dans un grondement effroyable, c’est ce qui se produisit. Les dunes s’effondrèrent autour des cavaliers, le sol se dérobant quasiment sous les sabots des chevaux qui s’emballèrent aussitôt dans des hennissements terrifiés. L’océan reprenait vie. Le chef de file hurla :

- Un Skaad ! Foncez !

Les cavaliers rassemblèrent leurs rennes et n’écoutèrent plus que leur peur. Ils talonnèrent leurs chevaux qui n’avaient pas besoin d’autant d’encouragements pour fuir. Un hurlement perçant à vous glacer le sang s’éleva alors dans le ciel de plomb en faisant frémir l’échine des chevaux et des cavaliers. Le Skaad révéla sa présence aux mortels arrivés à point pour son déjeuner. La créature émergea des tréfonds des sables, la gueule grande ouverte. C’était un monstre de près de trente mètres, et celui-ci était un mâle, petit en comparaison de son équivalent féminin qui pouvait atteindre la taille d’un navire de guerre. On en croisait quelques beaux spécimens dans cette région d’Öskaalie, mais il était rare d’en trouver un éveillé à cette heure, surtout si près de la civilisation. D’un naturel solitaire et taciturne, ces énormes prédateurs étaient connus pour préférer les profondeurs en attendant qu’une proie digne de ce nom ne se manifeste et se dérangeaient rarement pour quelques randonneurs à moins d’être particulièrement de mauvais poil. C’était visiblement le cas de celui ci dont la collerette d’écailles rubiconde et les sept langues sifflantes ne laissaient aucun doute sur son humeur du jour. Son énorme tête aux yeux aveugles ressemblait à la gueule d’un dragon dont on aurait remplacé le museau par l’ouverture d’une énorme plante carnivore aux crocs acérés comme des sabres. Son corps taillé tout en longueur était entièrement recouvert d’écailles noires et luisantes. D’énormes pattes palmées se terminant par des griffes recourbées permettaient à l’animal de se mouvoir rapidement dans les sables et d’amener toute nourriture un peu récalcitrante directement à sa destination finale. Mais plus que les crocs et les griffes redoutables du Skaad, le danger principal résidait dans ses sept langues fourchues, qui se tordaient comme des lierres empoisonnés devant la monstrueuse créature afin de saisir sa proie et de la paralyser, comme si sa force colossale et sa vélocité naturelles n’étaient pas des arguments suffisants pour avoir raison de n’importe quel être vivant qui se présenterait à lui. Il fallait aussi être attentif à sa queue, capable de faucher, de projeter en l’air, et d’abattre tout ce qui se présenterait sur son chemin afin de le rediriger plus vite vers sa gueule. Les cavaliers se séparèrent aussitôt sous ordre du guide qui avait sorti son sabre. Le Skaad à l’odorat sur-développé et aux vibrisses ventrales lui indiquant chaque présence par des ondes infimes se propageant dans son corps, secoua la tête furieusement, agacé par autant de signaux contradictoires. Il fallait se concentrer sur une seule odeur. Celle de l’humanoïde qui avait crié et qui avait cette odeur insupportable d’orage mêlé d’un parfum familier mais qu’il était incapable d’identifier, un parfum mystérieux et infiniment ancien qui l’avait réveillé. Il lui fallait cette chose, il se sentait irrésistiblement attiré par elle, comme lorsqu’il lui fallait répondre à l’appel des femelles lors de la saison des chaleurs, quitte à s’en repentir plus tard. Il ouvrit grand sa gueule, déploya ses sept langues devant lui, prêt à l’attraper.

Mais la petite chose humanoïde était rétive. Son odeur entêtante se déplaçait constamment sous ce qui lui servait de nez et faussait ses radars. Peut être que s’il arrivait à attraper le cheval puant, il attraperait plus facilement la chose. C’était agaçant à la fin ! Le Skaad n’avait pas l’habitude de chasser. Les proies venaient à lui sans s’en douter, ignorantes du danger jusqu’à ce qu’il émerge comme un champignon radioactif, et il n’avait qu’à ouvrir la gueule pour attraper son repas. Parfois, il fallait qu’il utilise ses langues et sa queue, mais il allait rarement jusqu’à courir ! Et voilà que cette si petite chose, non contente de le réveiller, l’obligeait maintenant à sortir des profondeurs pour se lancer à sa suite sous un Soleil cuisant ! C’était indigne de sa condition de prédateur ultime et de son intelligence supérieure, mais c’était plus fort que lui. Il sentait intimement qu’il lui fallait engloutir l’humanoïde, le posséder. Aspirer son aura qu’il ne comprenait pas mais qui l’attirait comme un aimant. L’une de ses langues sentit la chaleur de son corps tout près et il bondit en avant, sûr de lui et de sa victoire. Le cavalier aussi sentit sa mort approcher et il abattit enfin son arme, tranchant net l’une des sept langues du Skaad qui poussa un cri d’agonie. Même en étant sa proie, le cavalier ressentit profondément la douleur de la créature dans sa poitrine et son cri déchirant lui transperça le coeur. Mais il fallait vivre alors il bifurqua sur la droite faisant tourner son petit cheval pie d’un mouvement précis des rennes. La bête disparut de nouveau sous le sable et ce ne fut que plus terrifiant pour sa proie. Les autres membres de l’équipée étaient presque arrivés aux miradors, à quelques foulées des murailles. Le cavalier isolé se sentit un peu soulagé de savoir son équipage bientôt à l’abri. Les murailles d’ébène étaient largement à même d’arrêter une armée de Skaads s’il le fallait, s’enfonçant à des milles sous le sable. La certitude qu’elles résisteraient à l’assaut de plusieurs de ces monstres suffisait à se faire une idée de leur incroyable résistance. Le monstre ne réapparaissait pas et le cavalier qui avait eu sa préférence commençait à espérer pour sa survie. Avec un peu de chance, son coup de sabre l’avait fait réfléchir à deux fois… Tandis que son cheval volait littéralement en direction des portes de la cité, il remarqua qu’un des cavaliers ralentissait et faisait finalement volte face. Le guide fronça les sourcils, mécontent. N’avait il pas donné des instructions claires ? Pourquoi celui ci prenait il un risque aussi inutile que stupide ? Il reconnut alors la tunique et le turban de Samuel et faillit soupirer d’exaspération. Il fallait s’en douter ! Mais à peine eut-il le temps de penser à la façon dont il allait le morigéner quand ils se retrouveraient, que le Skaad refit son apparition, plus enragé que jamais. Mais cette fois, il avait pris les devants et réapparut juste sous les naseaux du petit cheval pie. Celui ci se cabra et tomba sur le côté, ce qui eut pour effet désastreux de jeter son cavalier au sol. Mais celui ci n’attendit pas qu’une des six langues fourchues le ramassent et dégagea vigoureusement sa jambe d’un coup de rein tandis que le cheval tentait de se relever. Le Skaad siffla et découvrit les profondeurs de sa gueule pestilentielle. Puis il plongea en avant pour attraper le cavalier qui l’attendait, son arme à la main et les jambes écartées dans le sable. Ce dernier esquiva la première attaque et rata de peu une autre des langues du monstre avec son épée. Il bondit ensuite entre les pattes du titan sans plus réfléchir et agrippa l’une des écailles proéminentes sur un coude. Ainsi suspendu d’une main à l’un des membres de la créature, il réalisa la précarité de sa situation. Profitant que la bête jetait sa patte griffue en avant afin de se débarrasser de l’importun, il se propulsa en l’air dans un salto gracieux et atterrit sur le cou de l’animal, accroché avec la force du désespoir à sa collerette. Si bien accroché même, qu’il réalisa qu’il avait perdu son sabre pendant l’opération… « Oh oh…  » fut sa seule pensée quand il prit conscience de son erreur. Le cavalier comprit qu’il ne tiendrait pas longtemps dans cette position… Déjà, la créature secouait sa tête aveugle en tout sens et les muscles de ses bras et de ses cuisses commençaient à souffrir le martyr. Le cavalier entendit alors son nom :

- Saya !!

Samuel galopait dans sa direction, longeant le flanc du Skaad, sabre en avant. Saya se sentit incroyablement soulagée malgré la témérité confinant à la folie de son ami. Tout un chacun savait qu’il ne fallait pas s’interposer entre un Skaad et son repas, surtout si on avait la chance de ne pas avoir été choisi pour faire partie des festivités. Mais Sam n’était pas ce qu’on pouvait appeler quelqu’un de particulièrement raisonnable et réfléchi. Il poussa même le vice jusqu’à s’approcher du Skaad au point de risquer de se faire écrabouiller par l’une de ses énormes pattes et jeta son arme à Saya qui s’en saisit d’une main. Il s’écarta ensuite pour éviter la queue du Skaad qui s’apprêtait à le faucher et dégaina son deuxième sabre. Il trancha deux langues qui allaient l’encercler et le monstre poussa un énième hurlement d’agonie. Sam n’eut pas le temps d’esquiver la colère du Skaad fou de douleur car celui ci fit voler son cheval d’un coup de patte. Le jeune homme se retrouva coincé sous le poids de sa monture qui ne bougeait plus. Saya su alors que le Skaad allait engloutir son ami d’une seconde à l’autre et se décida. Elle attrapa le sabre à deux mains tout en serrant les jambes autour du cou de la bête comme si sa vie en dépendait, ce qui était effectivement le cas. Elle repéra l’emplacement entre les deux yeux blancs laiteux, seul point faible du monstre, puis elle abattit son arme de toutes ses forces. Elle savait bien que c’était désespéré. Même avec un sabre particulièrement affuté et en s’attaquant au point faible du Skaad, celui là ne ressentirait qu’une petite migraine au contact de son arme. Sa carapace était bien trop épaisse et résistante pour une arme de ce genre. Mais Sam ne devait pas mourir. Si elle pouvait seulement lui offrir une petite diversion, un sursis, peut être aurait il une chance de se dégager. Cependant, lorsque le sabre s’enfonça dans la chair du Skaad, il se passa une chose impensable.

 

2 Commentaires

  1.  
    Fix
    Fix écrit:

    Waow super ! J’ai hâte de lire la suite !!!

  2.  
    Ewillana
    Ewillana écrit:

    Merci, Fix !! :D La suite est en route ! Je la mettrai en ligne ce soir ou demain je pense :)

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