Le Bricabrac Schizophrénique

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Voyages en Ogäll ou Les Contrées Hostiles – Chapitre I (suite) 30 novembre, 2010

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 19:46

I.

Sables Mouvants

(suite)

 

 

[Mais Sam ne devait pas mourir. Si elle pouvait seulement lui offrir une petite diversion, un sursis, peut être aurait il une chance de se dégager. Cependant, lorsque le sabre s'enfonça dans la chair du Skaad, il se passa une chose impensable.]


Tout d’abord, Saya fut brutalement interrompue dans son élan car le sabre se brisa en deux en butant sur une écaille intermédiaire du Skaad. De surprise, elle écarquilla les yeux et retomba à deux mains sur la tête du monstre, qui ne ressentit pas même une légère piqure sur le front. Cela ne constitue pas en soit un événement extraordinaire et si Saya avait eu le temps de réfléchir, elle aurait su qu’il ne servait à rien d’attaquer de plein fouet un Skaad pourvu de plusieurs couches d’écailles superposées. Elle aurait du glisser son sabre sous la carapace du monstre pour espérer pouvoir l’atteindre. Mais ainsi désarmée, désemparée face à la mort, la sienne et celle de son ami quelques mètres plus bas, elle refusa l’évidence. Elle agrippa de toutes ses forces deux écailles du Skaad qui recommençait à secouer la tête pour la faire tomber et elle s’entama la peau. Elle poussa un cri de souffrance et de frustration quand l’une des écailles s’enfonça plus profondément dans sa peau déjà meurtrie. Le Skaad se pencha en avant et elle eut l’horrible privilège d’être aux premières loges pour assister à la fin de Samuel qui se débattait comme un beau diable pour s’extirper du poids de sa monture qui respirait encore. C’était un cheval gris prénommé Öde (« Destin » en Öskaalien) en raison de l’incroyable histoire de sa naissance. Il allait mourir dans le ventre de sa mère avant même d’avoir vu le jour quand il avait eu la chance de s’en sortir en coupant lui même avec ses petites dents le cordon ombilical qui allait l’étrangler. Öde était né le même jour que Sam et ils s’étaient choisis à cinq ans pour ne plus se quitter. C’était ainsi entre les équidés et les humanoïdes d’Öskaalie depuis la nuit des temps. Sam pestait et se débattait pour se dégager du poids d’Öde et Öde souffrait de ne pas pouvoir sauver Sam, de ne pas pouvoir se relever et l’emmener loin de cette chose terrifiante. Lorsque le cheval gris vit les langues du Skaad approcher, il sut néanmoins qu’il pouvait faire une dernière chose pour son jumeau humain. Avec l’énergie de celui qui n’a plus peur de mourir car il se sait déjà condamné, Öde redressa la tête et attrapa entre ses dents l’une des langues empoisonnées qui se tendaient devant lui. Aussitôt, les autres langues du Skaad s’enroulèrent autour de lui dans un mouvement purement réflexif. Tandis que le poison le paralysait et que l’énorme gouffre du prédateur s’ouvrait devant lui, Öde sentit la douce et tendre brise du Désert d’Öskaalie lui caresser l’échine, et il sut que c’était la voix de ses ancêtres qui chantait cet air si beau à ses oreilles, le souffle du vent dans lequel il se confondrait bientôt. Cela l’apaisa et il ferma les yeux.

Samuel hurla. Saya vit comme dans un cauchemar le corps du cheval soulevé dans les airs, à quelques mètres d’elle seulement. Alors quelque chose éclata brusquement en elle. Une rage indescriptible, une colère qui brisa toutes les barrières qu’elle avait érigées inconsciemment pendant des années. Sa vue se brouilla un instant, ainsi que toute la scène qui se déroulait au même moment. Un immense brasier s’alluma en elle dont la chaleur lui faisait oublier toute souffrance. Son sang lui même était de feu. Elle ne chercha pas à contenir l’incendie, au contraire, elle l’attisa à la force de sa colère. Ce fut comme l’explosion d’une étoile qui aurait attendu son heure pendant un millénaire. Les vêtements et le turban de Saya explosèrent sous l’intensité du phénomène. Son épaisse tignasse noire et chocolat volait d’une façon surnaturelle autour de son visage. Samuel assistait ébahi au spectacle du corps de son amie disparaissant dans une intense luminosité, une aura sombre se formant progressivement autour d’elle et du Skaad, comme les résidus d’une énorme déflagration. Saya sentait son pouvoir croitre en même temps qu’il se libérait et elle n’en fut pas surprise outre mesure. Elle ne se demanda pas ce qui se passait, elle l’avait toujours su au fond d’elle… Elle avait seulement profondément enfoui son secret  le cachant aux yeux de tous jusqu’à l’oublier elle même. Tout du moins jusqu’à ce jour. Mais il était temps d’utiliser cette force au lieu de la répandre inutilement autour d’elle. Elle enfonça plus profondément ses doigts entre les écailles du Skaad déchainé. Lui aussi avait senti le changement. Quelques instants plus tôt il poursuivait une étincelle et maintenant il avait affaire à un gigantesque brasier. Et il voulait ce pouvoir ! Il était si vieux et il serait tellement bon de réchauffer son corps à la magie de cette Häxa ! Il avait retrouvé son nom en même temps qu’elle s’était révélée au grand jour. Toute cette magie qui saturait chaque particule d’air autour d’eux le rendait fou. Il sentait désespérément le besoin de gouter à ce miel, de s’en remplir, de se vautrer dedans. Un terrible rodéo s’engagea. Les dunes semblaient vibrer sous les cris perçants du Skaad et les tremblements qu’il provoquait en se contorsionnant pour saisir la jeune fille. Le corps de Saya prenait maintenant une couleur de charbon incandescent tandis qu’elle rassemblait en elle toute son énergie. Des motifs runiques irradiaient sur sa peau devenue noire, comme inscrites au fer rouge dans sa chair. Ses yeux eux mêmes, habituellement aigue-marine étaient maintenant comme deux flammes ardentes brulant dans ses orbites. Le sol tremblait sous les assauts du Skaad, les dunes de sables menaçant de s’effondrer en avalanche sur eux. Saya s’en moquait bien. Elle voulait tuer le Skaad.

Elle ne savait pas bien comment manipuler le feu mais elle avait conscience qu’il était dans son sang, qu’il était le sang. Son sang qui coulait sur les écailles du monstre. Elle ferma les yeux, rejeta la tête en arrière et visualisa le feu. Quand elle le sentit concrètement en elle, elle ne chercha pas à le dompter ou à le modeler. Elle le dirigea simplement à travers ses mains à l’endroit même où son sabre avait échoué et le poussa de toutes ses forces. Elle jeta tout son pouvoir en avant et l’effort que cela lui demanda lui fit pousser un cri. Le résultat fût immédiat. Une énorme lance de feu traversa la tête du Skaad de part en part, une vive lumière irradiant par tous ses orifices. La bête s’effondra dans une tempête de sable, foudroyée sur le coup. Saya fut projetée en l’air par la violence de l’impact et perdit connaissance. Tout retomba dans un silence profond, seulement troublé par les cris lointains des charognards qui surplombaient la zone dans l’espoir de se nourrir des restes du Skaad. Il y aurait de quoi se nourrir pendant des semaines une fois le corps débarrassé de ses écailles ! C »était une manne providentielle en ces temps difficiles d’autant que rien n’indiquait un tel dénouement ! Et les Skaads n’étaient pas réputés pour leur prodigalité ! Ils laissaient si peu de restes ! Avec un peu de chance, ils auraient même cette humaine en piteux état en guise de dessert. Son odeur de roussi n’était guère engageante mais après tout, il y avait ici trop peu de ressources pour faire la fine bouche. À moins que l’humanoïde mâle ne l’atteigne avant eux…

Mais Sam était encore sous le choc et n’arrivait pas à croire la scène à laquelle il venait d’assister. Öde mourant sous les assauts du monstre pour le sauver, Saya, la fille avec laquelle il avait grandi, une Haxä ?? Et puis, il vit le corps d’Öde que le Skaad n’avait pas eu le temps d’engloutir, inerte, sur le sol. Il vit la silhouette recroquevillée de Saya juste à côté et quelque chose se rebella dans son coeur. Il se traina vers eux, trébuchant dans le sable comme un ivrogne. Il tomba à genoux à côté du cheval et saisit pleinement la réalité de sa mort. Alors, il laissa éclater sa peine et pleura la perte de son frère. Avec son poignard, il coupa quelques crins gris qu’il embrassa avant de les fourrer dans sa poche et se tourna vers Saya. Il eut soudain peur qu’elle soit morte elle aussi et malgré son appréhension face à la créature qu’elle était devenue, il posa sa main dans son cou. Il perçut le pouls et soupira de soulagement. Au moins ne l’avait il pas perdue, elle. Mais était ce vrai ? Car si ses yeux ne l’avaient pas trahi, Saya ne serait plus jamais la fille qu’il avait connue et aimée. Il était même certain qu’elle ne serait plus de ce monde et ce, dès la tombée de la nuit.

 

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