Le Bricabrac Schizophrénique

des idées en vrac, une pincée de bonne humeur et une bonne dose d’amitié…

 

Réponse à Sven… Ou discussion sur la non-monogamie 29 novembre, 2010

Classé dans : réflexions isolées — Ewillana @ 20:02

Bon alors, m’apercevant que ma réponse à la réaction de Sven lors de mon dernier article faisait finalement trois pages sur Open Office, j’ai finalement décidé d’en faire un post ! Eh oui, cher Sven tu es un petit veinard, un post rien que pour toi dans notre blog ! Bon, je dois dire que j’avais de toute façon décidé d’écrire un article sur la non-monogamie pour développer mes idées en profondeur sur le sujet (ce qui n’avait pas été possible dans Amour et Psychanalyse). Voici donc l’occasion idéale pour le faire… Je pense que cet article sera amené à être complété par la suite… Mais revenons à nos moutons ! ^_^

Bonsoir Sven ! Tout d’abord, merci pour ton intérêt ! Je crois qu’on pourrait se tutoyer, d’autant que nous nous sommes déjà rencontrés ^_^ ! Je vais tâcher de reprendre chaque point que tu as abordé en espérant être claire et concise…

 

[...] Vous énoncez l’idée d’une liberté dans le couple, d’une certaine forme d’indépendance. Sur ce point là je vous rejoins également. On peut être en couple, aimer la personne et éprouver des sentiments ou de l’attirance pour une autre, d’accord.

 

  • C’est déjà pas mal de le reconnaître :)

Mais doit on réellement aller jusqu’au bout de ce raisonnement ? Ne faut il pas poser une certaine nuance ? Faut il se laisser aller à vivre toutes ses passions jusqu’au bout, jusqu’à avoir des relations amoureuses avec plusieurs personnes à la fois ? On laissera de coté les considérations de « propriété sur l’autre » ou même de « jalousie », cela va au delà. Mais dans l’idée d’être en « couple » avec deux ou trois personnes à la fois, peut on développer des relations aussi profondes ? Ne risque t-on pas de verser dans une certaine superficialité ?

 

  • Si on part du principe que l’on a un couple, dans l’acception classique du terme, on part du principe d’une exclusivité stricte où envisager des relations avec un autre que son partenaire est une trahison/tromperie. Il y a donc bien un contrat moral qui stipule bien que l’on ne se « donnera » qu’à cet autre. Dès lors il s’agit bien de propriété. Ne dit on pas d’ailleurs « je t’appartiens » ? Ou « Tu es à moi pour la vie ? », « je te donne mon coeur/âme/corps »… Les expressions pullulent ! Ce n’est donc pas seulement une figure de style et ce quelque soit l’intensité des sentiments ! On part donc ici d’un raisonnement fondé sur l’individu libéré de toutes entraves, et notamment celles du couple. Quelqu’un donc de « célibataire » qui pourrait entretenir des relations diverses et variées avec plus ou moins d’intensité, plus ou moins d’investissement. Il s’agit d’élargir son vocabulaire affectif, pour en finir avec la logique binaire de l’amitié d’un côté et de l’amour de l’autre, admettant l’idée que les sentiments humains sont bien plus complexes pour se résumer à ces deux termes. De là, la question de la « profondeur » d’une relation ne se pose plus… Ça dépend des individus. La question se posera plutôt en ces termes : Pourquoi me priverais-je d’exprimer mon affection pour J. si j’en ai pour lui/elle et si il/elle est d’accord pour en recevoir de ma part ? Dois je attacher J. dès lors que je l’aurais embrassé(e) sur la bouche ? Si j’ai réellement de l’affection pour il/elle, n’aurais je pas plutôt envie de le/la laisser libre, dans son intérêt ?

En effet, dans l’hypothèse d’un couple fonctionnant sur ce système, on ne fait aucun projet, on ne cherche pas à bâtir quelque chose mais simplement à se satisfaire personnellement. Imaginez un couple de deux personnes vivant chacune plusieurs relations amoureuses simultanées, imaginons maintenant que ce couple aie un enfant. Le père voudra t’il l’élever, sachant qu’il a lui-même une ou deux autres personnes vers qui se tourner, et sachant également qu’il n’est qu’une option parmi deux ou trois dans la vie de sa compagne ? On ne peut rien bâtir la dessus, aucun projet d’avenir, tout est dans le superficiel.

 

  • Nous y voilà ! Déjà j’aimerais lever un amalgame courant, que je rencontre très fréquemment lorsque je discute de ce sujet avec mon entourage. Cet amalgame consiste à confondre la relation amoureuse entre deux personnes et le rôle parental qu’ils pourraient exercer un jour. Pourquoi faut il toujours mêler les deux ? Ce sont deux espaces différents (en tout cas je l’espère car mêler sa vie privée/sentimentale et ses éventuels déboires à l’éducation de ses enfants est à mon sens très malsain). Et dès lors qu’on mélange les deux qu’advient-il des gens qui ne souhaitent pas procréer ? N’auront il jamais l’occasion de « construire » quelque chose ? D’avoir une « relation profonde » ? Ou alors la relation amoureuse est elle condamnée à aboutir sur la procréation ? Ce sont deux sujets différents à mon sens.Mais admettons maintenant, pour répondre totalement à ton argument, que deux personnes qui entretiennent une relation d’affection profonde décident d’avoir un enfant ensemble. Où est le problème ? L’enfant doit il vivre avec ses deux parents pour être totalement épanoui ? Que fait on des couples divorcés ? Des parents célibataires ? Sont ils des « ratages » de la parentalité ? Je n’ai pas connaissance qu’il y ait tant d’enfants perturbés et traumatisés dans les familles recomposées ou étant issus de parents célibataires ! Encore une fois, ce qui fait douter d’un tel système, c’est la norme sociale conventionnelle autour de la famille unie vivant sous le même toit avec son petit jardin bien entretenu et son labrador… On oublie trop souvent d’ailleurs que les frustrations et les rancoeurs d’un couple qui s’entend mal et qui maintient à toute force la sacro-sainte « unité familiale » pour coller aux standards de la société inflige bien plus de dégâts chez ses enfants que deux personnes vivant séparément mais en bons termes tout en partageant la garde de leur progéniture. Ça demande peut être des aménagements, mais je n’y vois pas là matière de remettre totalement en question l’idée de la non-monogamie.

On peut aller plus loin. On peut poser l’hypothèse que l’autre personne ne partage pas ces idées. S’ensuivent questionnements, interrogations et doutes, qui sont légitimes. Cette personne est elle réellement heureuse avec moi ? Pourquoi a t’elle besoin de chercher ailleurs une satisfaction ? Elle n’est pas « assez » satisfaite avec moi ? Ces interrogations mène à une insatisfaction du rapport l’autre, non pas parce qu’il n’est pas tout pour l’être aimé, mais parce qu’il est conscient de ne pas rendre l’autre pleinement satisfait. Suivant votre raisonnement, je dirais que cette relation doit s’arrêter dès ce moment. En effet, pour une satisfaction personnelle, on impose à l’autre une relation insatisfaisante, ce qui si vous me permettez est le summum de l’individualisme.

 

  • C’est là que nous nous rejoignons, Sven ! Mon idée des relations amoureuses ne s’imagine pas sans le préalable indispensable du partage de cette acception ! Bien entendu que les deux personnes doivent envisager les choses de la même manière ! C’est une simple question de respect de l’autre et de ses valeurs ! Mais imagine aussi l’autre pendant : si tu imposes ton exclusivité à l’autre, si tu l’attaches à toi par les liens moraux et sentimentaux du couple exclusif alors que cet autre t’affectionnes mais aimerait conserver sa liberté, n’est ce pas frustrant pour lui aussi ? Ne risques tu pas de le rendre malheureux, le forçant à faire un choix entre toi et sa liberté alors qu’il suffirait de concilier les deux ? Et refuser son affection parce que cette personne veut rester libre, n’est ce pas masochiste ? Pourquoi refuser d’être aimé pour une question de possessivité ?Ensuite, tu abordes la question d’être « suffisant pour l’autre » , de le « satisfaire pleinement » c’est donc que tu considères en réalité que tu dois être « tout » pour l’autre au moins sur le plan affectif. Voilà mon point de vue : comment une seule personne peut elle réunir en elle toutes les qualités, toutes les vertus qui permettent à l’autre d’être totalement comblé(e) et de le rester pour toujours (si on part du principe qu’un couple exclusif finira sa vie ensemble) ? À mon avis c’est impossible. On ne peut pas être « parfait » (dans le sens de combler l’autre totalement) et certainement pas dans la durée. Il faudra alors faire des « concessions », ce mot pudique pour parler des sacrifices et des désillusions de la vie de couple. Tout passe un jour ! Nous évoluons chaque jour, alors comment nos sentiments pourraient ils rester toujours les mêmes ainsi que nos désirs, nos idéaux ? Ce que j’avance, c’est une vision qui essaie d’être réaliste sur la vie et les relations affectives. Enfin, voyons les choses encore sous un autre angle : prenons l’exemple de deux personnes qui auraient de l’affection (ou de l’amour) l’un pour l’autre mais à des degrés différents. Dans ton modèle exclusif, il est clair que celui qui aime « moins » sera malheureux, car il sera clairement frustré. Si on suit ton modèle, ce couple va droit au mur avec tout ce que tu as décrit fort justement plus tôt sur l’insatisfaction dans le couple. Et comme celui qui aime l’autre plus que l’autre ne l’aime ne supporte pas que l’autre voit d’autres personnes, alors il faudra se séparer. Moi je pose une seule question : Pourquoi ? Pourquoi refuser l’affection que cet autre a à donner et qui pourrait les rendre heureux ?


Enfin, j’ai énoncé que dans vos certitudes sur comment doit fonctionner un couple, vous manquez de nuance. Cette nuance, je vous la propose. N’est il pas possible d’être en couple, d’être heureux avec l’autre, et de se laisser une liberté mutuelle ? N’est il pas possible d’être en couple et de conserver son indépendance ? En d’autres termes mener sa petite vie, avoir des amis différents de ceux de l’être aimé, mener des vies indépendantes sans toutefois aller voir ailleurs ? Aimer sans être dépendant de l’autre, n’est ce pas cela aimer véritablement ?

 

  • Toute la question est là justement ! Comment dire qu’on est libre quand on ne peut pas explorer cette liberté ? N’y vois tu pas une contradiction flagrante ? Dans ton idée seuls les liens d’amitié sont possibles en dehors du couple. C’est très restrictif ! Et encore ne peut on pas tout faire avec ses amis ! Parce que bien entendu, j’imagine que dans ta définition de l’amitié, il n’y a pas de place pour tous les gestes auxquels on rattache habituellement l’amour : baisers, caresses, relations sexuelles…Néanmoins, je suis d’accord avec ce que tu dis ensuite : aimer sans être dépendant est réellement « amour » selon moi, car il se détache justement des obligations et des devoirs qui ne sont pas sentiments ni partage affectif et des complexes qui sont propres à soi et non à l’autre (peur d’être seul, d’être abandonné…).

Je conclurais juste sur l’idée que ce n’est pas parce qu’on n’a pas été heureux en couple que cela est impossible. Et de mon point de vue, ce n’est pas le cas. Et puis, si l’on n’arrive déjà pas à être heureux a deux, n’est ce pas se rajouter de la confusion que de chercher à vivre plusieurs aventures à la fois ?

 

  • Il ne s’agit pas d’une fuite en avant où on comblerait ses insatisfactions personnelles, ses complexes, ses difficultés dans la relation à l’autre dans une sorte de vagabondage affectif. Il s’agit au contraire d’apprendre à être autonome et heureux en étant célibataire. Non pas comme choix par défaut, non comme une contrainte ou un choix qu’on ferait pour éviter d’avoir à se confronter à ses difficultés mais justement pour être épanoui et s’ouvrir à l’autre, tout en le respectant avec ses limites. Il s’agit d’explorer de nouveaux modes de relations, plus libres, plus souples, plus ou moins enrichissants et de partager son affection avec ceux/celles qui ont envie d’en partager aussi. Il n’y a rien de pathologique là dedans…

Quelques lectures :

Contre l’amour, Collectif

Au delà du personnel, ACL

 

 

 

 

 

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