Le Bricabrac Schizophrénique

des idées en vrac, une pincée de bonne humeur et une bonne dose d’amitié…

 
  • Accueil
  • > Archives pour novembre 2010

Voyages en Ogäll ou Les Contrées Hostiles – Chapitre I (suite) 30 novembre, 2010

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 19:46

I.

Sables Mouvants

(suite)

 

 

[Mais Sam ne devait pas mourir. Si elle pouvait seulement lui offrir une petite diversion, un sursis, peut être aurait il une chance de se dégager. Cependant, lorsque le sabre s'enfonça dans la chair du Skaad, il se passa une chose impensable.]


Tout d’abord, Saya fut brutalement interrompue dans son élan car le sabre se brisa en deux en butant sur une écaille intermédiaire du Skaad. De surprise, elle écarquilla les yeux et retomba à deux mains sur la tête du monstre, qui ne ressentit pas même une légère piqure sur le front. Cela ne constitue pas en soit un événement extraordinaire et si Saya avait eu le temps de réfléchir, elle aurait su qu’il ne servait à rien d’attaquer de plein fouet un Skaad pourvu de plusieurs couches d’écailles superposées. Elle aurait du glisser son sabre sous la carapace du monstre pour espérer pouvoir l’atteindre. Mais ainsi désarmée, désemparée face à la mort, la sienne et celle de son ami quelques mètres plus bas, elle refusa l’évidence. Elle agrippa de toutes ses forces deux écailles du Skaad qui recommençait à secouer la tête pour la faire tomber et elle s’entama la peau. Elle poussa un cri de souffrance et de frustration quand l’une des écailles s’enfonça plus profondément dans sa peau déjà meurtrie. Le Skaad se pencha en avant et elle eut l’horrible privilège d’être aux premières loges pour assister à la fin de Samuel qui se débattait comme un beau diable pour s’extirper du poids de sa monture qui respirait encore. C’était un cheval gris prénommé Öde (« Destin » en Öskaalien) en raison de l’incroyable histoire de sa naissance. Il allait mourir dans le ventre de sa mère avant même d’avoir vu le jour quand il avait eu la chance de s’en sortir en coupant lui même avec ses petites dents le cordon ombilical qui allait l’étrangler. Öde était né le même jour que Sam et ils s’étaient choisis à cinq ans pour ne plus se quitter. C’était ainsi entre les équidés et les humanoïdes d’Öskaalie depuis la nuit des temps. Sam pestait et se débattait pour se dégager du poids d’Öde et Öde souffrait de ne pas pouvoir sauver Sam, de ne pas pouvoir se relever et l’emmener loin de cette chose terrifiante. Lorsque le cheval gris vit les langues du Skaad approcher, il sut néanmoins qu’il pouvait faire une dernière chose pour son jumeau humain. Avec l’énergie de celui qui n’a plus peur de mourir car il se sait déjà condamné, Öde redressa la tête et attrapa entre ses dents l’une des langues empoisonnées qui se tendaient devant lui. Aussitôt, les autres langues du Skaad s’enroulèrent autour de lui dans un mouvement purement réflexif. Tandis que le poison le paralysait et que l’énorme gouffre du prédateur s’ouvrait devant lui, Öde sentit la douce et tendre brise du Désert d’Öskaalie lui caresser l’échine, et il sut que c’était la voix de ses ancêtres qui chantait cet air si beau à ses oreilles, le souffle du vent dans lequel il se confondrait bientôt. Cela l’apaisa et il ferma les yeux.

Samuel hurla. Saya vit comme dans un cauchemar le corps du cheval soulevé dans les airs, à quelques mètres d’elle seulement. Alors quelque chose éclata brusquement en elle. Une rage indescriptible, une colère qui brisa toutes les barrières qu’elle avait érigées inconsciemment pendant des années. Sa vue se brouilla un instant, ainsi que toute la scène qui se déroulait au même moment. Un immense brasier s’alluma en elle dont la chaleur lui faisait oublier toute souffrance. Son sang lui même était de feu. Elle ne chercha pas à contenir l’incendie, au contraire, elle l’attisa à la force de sa colère. Ce fut comme l’explosion d’une étoile qui aurait attendu son heure pendant un millénaire. Les vêtements et le turban de Saya explosèrent sous l’intensité du phénomène. Son épaisse tignasse noire et chocolat volait d’une façon surnaturelle autour de son visage. Samuel assistait ébahi au spectacle du corps de son amie disparaissant dans une intense luminosité, une aura sombre se formant progressivement autour d’elle et du Skaad, comme les résidus d’une énorme déflagration. Saya sentait son pouvoir croitre en même temps qu’il se libérait et elle n’en fut pas surprise outre mesure. Elle ne se demanda pas ce qui se passait, elle l’avait toujours su au fond d’elle… Elle avait seulement profondément enfoui son secret  le cachant aux yeux de tous jusqu’à l’oublier elle même. Tout du moins jusqu’à ce jour. Mais il était temps d’utiliser cette force au lieu de la répandre inutilement autour d’elle. Elle enfonça plus profondément ses doigts entre les écailles du Skaad déchainé. Lui aussi avait senti le changement. Quelques instants plus tôt il poursuivait une étincelle et maintenant il avait affaire à un gigantesque brasier. Et il voulait ce pouvoir ! Il était si vieux et il serait tellement bon de réchauffer son corps à la magie de cette Häxa ! Il avait retrouvé son nom en même temps qu’elle s’était révélée au grand jour. Toute cette magie qui saturait chaque particule d’air autour d’eux le rendait fou. Il sentait désespérément le besoin de gouter à ce miel, de s’en remplir, de se vautrer dedans. Un terrible rodéo s’engagea. Les dunes semblaient vibrer sous les cris perçants du Skaad et les tremblements qu’il provoquait en se contorsionnant pour saisir la jeune fille. Le corps de Saya prenait maintenant une couleur de charbon incandescent tandis qu’elle rassemblait en elle toute son énergie. Des motifs runiques irradiaient sur sa peau devenue noire, comme inscrites au fer rouge dans sa chair. Ses yeux eux mêmes, habituellement aigue-marine étaient maintenant comme deux flammes ardentes brulant dans ses orbites. Le sol tremblait sous les assauts du Skaad, les dunes de sables menaçant de s’effondrer en avalanche sur eux. Saya s’en moquait bien. Elle voulait tuer le Skaad.

Elle ne savait pas bien comment manipuler le feu mais elle avait conscience qu’il était dans son sang, qu’il était le sang. Son sang qui coulait sur les écailles du monstre. Elle ferma les yeux, rejeta la tête en arrière et visualisa le feu. Quand elle le sentit concrètement en elle, elle ne chercha pas à le dompter ou à le modeler. Elle le dirigea simplement à travers ses mains à l’endroit même où son sabre avait échoué et le poussa de toutes ses forces. Elle jeta tout son pouvoir en avant et l’effort que cela lui demanda lui fit pousser un cri. Le résultat fût immédiat. Une énorme lance de feu traversa la tête du Skaad de part en part, une vive lumière irradiant par tous ses orifices. La bête s’effondra dans une tempête de sable, foudroyée sur le coup. Saya fut projetée en l’air par la violence de l’impact et perdit connaissance. Tout retomba dans un silence profond, seulement troublé par les cris lointains des charognards qui surplombaient la zone dans l’espoir de se nourrir des restes du Skaad. Il y aurait de quoi se nourrir pendant des semaines une fois le corps débarrassé de ses écailles ! C »était une manne providentielle en ces temps difficiles d’autant que rien n’indiquait un tel dénouement ! Et les Skaads n’étaient pas réputés pour leur prodigalité ! Ils laissaient si peu de restes ! Avec un peu de chance, ils auraient même cette humaine en piteux état en guise de dessert. Son odeur de roussi n’était guère engageante mais après tout, il y avait ici trop peu de ressources pour faire la fine bouche. À moins que l’humanoïde mâle ne l’atteigne avant eux…

Mais Sam était encore sous le choc et n’arrivait pas à croire la scène à laquelle il venait d’assister. Öde mourant sous les assauts du monstre pour le sauver, Saya, la fille avec laquelle il avait grandi, une Haxä ?? Et puis, il vit le corps d’Öde que le Skaad n’avait pas eu le temps d’engloutir, inerte, sur le sol. Il vit la silhouette recroquevillée de Saya juste à côté et quelque chose se rebella dans son coeur. Il se traina vers eux, trébuchant dans le sable comme un ivrogne. Il tomba à genoux à côté du cheval et saisit pleinement la réalité de sa mort. Alors, il laissa éclater sa peine et pleura la perte de son frère. Avec son poignard, il coupa quelques crins gris qu’il embrassa avant de les fourrer dans sa poche et se tourna vers Saya. Il eut soudain peur qu’elle soit morte elle aussi et malgré son appréhension face à la créature qu’elle était devenue, il posa sa main dans son cou. Il perçut le pouls et soupira de soulagement. Au moins ne l’avait il pas perdue, elle. Mais était ce vrai ? Car si ses yeux ne l’avaient pas trahi, Saya ne serait plus jamais la fille qu’il avait connue et aimée. Il était même certain qu’elle ne serait plus de ce monde et ce, dès la tombée de la nuit.

 

 
  • Accueil
  • > Archives pour novembre 2010

Voyages en Ogäll ou Les Contrées Hostiles – Chapitre I

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 2:58

I.

Sables Mouvants

Sous le Soleil impitoyable, les dunes de sable noir s’étendaient à perte de vue, donnant l’impression d’un océan figé en pleine tempête. Quatre chevaux continuaient à marcher malgré l’atmosphère de plus en plus pesante, leur sabots s’enfonçant dans le sable brulant jusqu’aux paturons. Tout était étrangement calme et silencieux. Immobile, comme en attente. Les cavaliers jetaient des coups d’oeil nerveux autour d’eux, craignant la colère d’un dieu invisible qui n’attendrait que le moment idéal pour jeter l’Enfer à leurs trousses. Et soudain dans un grondement effroyable, c’est ce qui se produisit. Les dunes s’effondrèrent autour des cavaliers, le sol se dérobant quasiment sous les sabots des chevaux qui s’emballèrent aussitôt dans des hennissements terrifiés. L’océan reprenait vie. Le chef de file hurla :

- Un Skaad ! Foncez !

Les cavaliers rassemblèrent leurs rennes et n’écoutèrent plus que leur peur. Ils talonnèrent leurs chevaux qui n’avaient pas besoin d’autant d’encouragements pour fuir. Un hurlement perçant à vous glacer le sang s’éleva alors dans le ciel de plomb en faisant frémir l’échine des chevaux et des cavaliers. Le Skaad révéla sa présence aux mortels arrivés à point pour son déjeuner. La créature émergea des tréfonds des sables, la gueule grande ouverte. C’était un monstre de près de trente mètres, et celui-ci était un mâle, petit en comparaison de son équivalent féminin qui pouvait atteindre la taille d’un navire de guerre. On en croisait quelques beaux spécimens dans cette région d’Öskaalie, mais il était rare d’en trouver un éveillé à cette heure, surtout si près de la civilisation. D’un naturel solitaire et taciturne, ces énormes prédateurs étaient connus pour préférer les profondeurs en attendant qu’une proie digne de ce nom ne se manifeste et se dérangeaient rarement pour quelques randonneurs à moins d’être particulièrement de mauvais poil. C’était visiblement le cas de celui ci dont la collerette d’écailles rubiconde et les sept langues sifflantes ne laissaient aucun doute sur son humeur du jour. Son énorme tête aux yeux aveugles ressemblait à la gueule d’un dragon dont on aurait remplacé le museau par l’ouverture d’une énorme plante carnivore aux crocs acérés comme des sabres. Son corps taillé tout en longueur était entièrement recouvert d’écailles noires et luisantes. D’énormes pattes palmées se terminant par des griffes recourbées permettaient à l’animal de se mouvoir rapidement dans les sables et d’amener toute nourriture un peu récalcitrante directement à sa destination finale. Mais plus que les crocs et les griffes redoutables du Skaad, le danger principal résidait dans ses sept langues fourchues, qui se tordaient comme des lierres empoisonnés devant la monstrueuse créature afin de saisir sa proie et de la paralyser, comme si sa force colossale et sa vélocité naturelles n’étaient pas des arguments suffisants pour avoir raison de n’importe quel être vivant qui se présenterait à lui. Il fallait aussi être attentif à sa queue, capable de faucher, de projeter en l’air, et d’abattre tout ce qui se présenterait sur son chemin afin de le rediriger plus vite vers sa gueule. Les cavaliers se séparèrent aussitôt sous ordre du guide qui avait sorti son sabre. Le Skaad à l’odorat sur-développé et aux vibrisses ventrales lui indiquant chaque présence par des ondes infimes se propageant dans son corps, secoua la tête furieusement, agacé par autant de signaux contradictoires. Il fallait se concentrer sur une seule odeur. Celle de l’humanoïde qui avait crié et qui avait cette odeur insupportable d’orage mêlé d’un parfum familier mais qu’il était incapable d’identifier, un parfum mystérieux et infiniment ancien qui l’avait réveillé. Il lui fallait cette chose, il se sentait irrésistiblement attiré par elle, comme lorsqu’il lui fallait répondre à l’appel des femelles lors de la saison des chaleurs, quitte à s’en repentir plus tard. Il ouvrit grand sa gueule, déploya ses sept langues devant lui, prêt à l’attraper.

Mais la petite chose humanoïde était rétive. Son odeur entêtante se déplaçait constamment sous ce qui lui servait de nez et faussait ses radars. Peut être que s’il arrivait à attraper le cheval puant, il attraperait plus facilement la chose. C’était agaçant à la fin ! Le Skaad n’avait pas l’habitude de chasser. Les proies venaient à lui sans s’en douter, ignorantes du danger jusqu’à ce qu’il émerge comme un champignon radioactif, et il n’avait qu’à ouvrir la gueule pour attraper son repas. Parfois, il fallait qu’il utilise ses langues et sa queue, mais il allait rarement jusqu’à courir ! Et voilà que cette si petite chose, non contente de le réveiller, l’obligeait maintenant à sortir des profondeurs pour se lancer à sa suite sous un Soleil cuisant ! C’était indigne de sa condition de prédateur ultime et de son intelligence supérieure, mais c’était plus fort que lui. Il sentait intimement qu’il lui fallait engloutir l’humanoïde, le posséder. Aspirer son aura qu’il ne comprenait pas mais qui l’attirait comme un aimant. L’une de ses langues sentit la chaleur de son corps tout près et il bondit en avant, sûr de lui et de sa victoire. Le cavalier aussi sentit sa mort approcher et il abattit enfin son arme, tranchant net l’une des sept langues du Skaad qui poussa un cri d’agonie. Même en étant sa proie, le cavalier ressentit profondément la douleur de la créature dans sa poitrine et son cri déchirant lui transperça le coeur. Mais il fallait vivre alors il bifurqua sur la droite faisant tourner son petit cheval pie d’un mouvement précis des rennes. La bête disparut de nouveau sous le sable et ce ne fut que plus terrifiant pour sa proie. Les autres membres de l’équipée étaient presque arrivés aux miradors, à quelques foulées des murailles. Le cavalier isolé se sentit un peu soulagé de savoir son équipage bientôt à l’abri. Les murailles d’ébène étaient largement à même d’arrêter une armée de Skaads s’il le fallait, s’enfonçant à des milles sous le sable. La certitude qu’elles résisteraient à l’assaut de plusieurs de ces monstres suffisait à se faire une idée de leur incroyable résistance. Le monstre ne réapparaissait pas et le cavalier qui avait eu sa préférence commençait à espérer pour sa survie. Avec un peu de chance, son coup de sabre l’avait fait réfléchir à deux fois… Tandis que son cheval volait littéralement en direction des portes de la cité, il remarqua qu’un des cavaliers ralentissait et faisait finalement volte face. Le guide fronça les sourcils, mécontent. N’avait il pas donné des instructions claires ? Pourquoi celui ci prenait il un risque aussi inutile que stupide ? Il reconnut alors la tunique et le turban de Samuel et faillit soupirer d’exaspération. Il fallait s’en douter ! Mais à peine eut-il le temps de penser à la façon dont il allait le morigéner quand ils se retrouveraient, que le Skaad refit son apparition, plus enragé que jamais. Mais cette fois, il avait pris les devants et réapparut juste sous les naseaux du petit cheval pie. Celui ci se cabra et tomba sur le côté, ce qui eut pour effet désastreux de jeter son cavalier au sol. Mais celui ci n’attendit pas qu’une des six langues fourchues le ramassent et dégagea vigoureusement sa jambe d’un coup de rein tandis que le cheval tentait de se relever. Le Skaad siffla et découvrit les profondeurs de sa gueule pestilentielle. Puis il plongea en avant pour attraper le cavalier qui l’attendait, son arme à la main et les jambes écartées dans le sable. Ce dernier esquiva la première attaque et rata de peu une autre des langues du monstre avec son épée. Il bondit ensuite entre les pattes du titan sans plus réfléchir et agrippa l’une des écailles proéminentes sur un coude. Ainsi suspendu d’une main à l’un des membres de la créature, il réalisa la précarité de sa situation. Profitant que la bête jetait sa patte griffue en avant afin de se débarrasser de l’importun, il se propulsa en l’air dans un salto gracieux et atterrit sur le cou de l’animal, accroché avec la force du désespoir à sa collerette. Si bien accroché même, qu’il réalisa qu’il avait perdu son sabre pendant l’opération… « Oh oh…  » fut sa seule pensée quand il prit conscience de son erreur. Le cavalier comprit qu’il ne tiendrait pas longtemps dans cette position… Déjà, la créature secouait sa tête aveugle en tout sens et les muscles de ses bras et de ses cuisses commençaient à souffrir le martyr. Le cavalier entendit alors son nom :

- Saya !!

Samuel galopait dans sa direction, longeant le flanc du Skaad, sabre en avant. Saya se sentit incroyablement soulagée malgré la témérité confinant à la folie de son ami. Tout un chacun savait qu’il ne fallait pas s’interposer entre un Skaad et son repas, surtout si on avait la chance de ne pas avoir été choisi pour faire partie des festivités. Mais Sam n’était pas ce qu’on pouvait appeler quelqu’un de particulièrement raisonnable et réfléchi. Il poussa même le vice jusqu’à s’approcher du Skaad au point de risquer de se faire écrabouiller par l’une de ses énormes pattes et jeta son arme à Saya qui s’en saisit d’une main. Il s’écarta ensuite pour éviter la queue du Skaad qui s’apprêtait à le faucher et dégaina son deuxième sabre. Il trancha deux langues qui allaient l’encercler et le monstre poussa un énième hurlement d’agonie. Sam n’eut pas le temps d’esquiver la colère du Skaad fou de douleur car celui ci fit voler son cheval d’un coup de patte. Le jeune homme se retrouva coincé sous le poids de sa monture qui ne bougeait plus. Saya su alors que le Skaad allait engloutir son ami d’une seconde à l’autre et se décida. Elle attrapa le sabre à deux mains tout en serrant les jambes autour du cou de la bête comme si sa vie en dépendait, ce qui était effectivement le cas. Elle repéra l’emplacement entre les deux yeux blancs laiteux, seul point faible du monstre, puis elle abattit son arme de toutes ses forces. Elle savait bien que c’était désespéré. Même avec un sabre particulièrement affuté et en s’attaquant au point faible du Skaad, celui là ne ressentirait qu’une petite migraine au contact de son arme. Sa carapace était bien trop épaisse et résistante pour une arme de ce genre. Mais Sam ne devait pas mourir. Si elle pouvait seulement lui offrir une petite diversion, un sursis, peut être aurait il une chance de se dégager. Cependant, lorsque le sabre s’enfonça dans la chair du Skaad, il se passa une chose impensable.

 

 
  • Accueil
  • > Archives pour novembre 2010

Réponse à Sven… Ou discussion sur la non-monogamie 29 novembre, 2010

Classé dans : réflexions isolées — Ewillana @ 20:02

Bon alors, m’apercevant que ma réponse à la réaction de Sven lors de mon dernier article faisait finalement trois pages sur Open Office, j’ai finalement décidé d’en faire un post ! Eh oui, cher Sven tu es un petit veinard, un post rien que pour toi dans notre blog ! Bon, je dois dire que j’avais de toute façon décidé d’écrire un article sur la non-monogamie pour développer mes idées en profondeur sur le sujet (ce qui n’avait pas été possible dans Amour et Psychanalyse). Voici donc l’occasion idéale pour le faire… Je pense que cet article sera amené à être complété par la suite… Mais revenons à nos moutons ! ^_^

Bonsoir Sven ! Tout d’abord, merci pour ton intérêt ! Je crois qu’on pourrait se tutoyer, d’autant que nous nous sommes déjà rencontrés ^_^ ! Je vais tâcher de reprendre chaque point que tu as abordé en espérant être claire et concise…

 

[...] Vous énoncez l’idée d’une liberté dans le couple, d’une certaine forme d’indépendance. Sur ce point là je vous rejoins également. On peut être en couple, aimer la personne et éprouver des sentiments ou de l’attirance pour une autre, d’accord.

 

  • C’est déjà pas mal de le reconnaître :)

Mais doit on réellement aller jusqu’au bout de ce raisonnement ? Ne faut il pas poser une certaine nuance ? Faut il se laisser aller à vivre toutes ses passions jusqu’au bout, jusqu’à avoir des relations amoureuses avec plusieurs personnes à la fois ? On laissera de coté les considérations de « propriété sur l’autre » ou même de « jalousie », cela va au delà. Mais dans l’idée d’être en « couple » avec deux ou trois personnes à la fois, peut on développer des relations aussi profondes ? Ne risque t-on pas de verser dans une certaine superficialité ?

 

  • Si on part du principe que l’on a un couple, dans l’acception classique du terme, on part du principe d’une exclusivité stricte où envisager des relations avec un autre que son partenaire est une trahison/tromperie. Il y a donc bien un contrat moral qui stipule bien que l’on ne se « donnera » qu’à cet autre. Dès lors il s’agit bien de propriété. Ne dit on pas d’ailleurs « je t’appartiens » ? Ou « Tu es à moi pour la vie ? », « je te donne mon coeur/âme/corps »… Les expressions pullulent ! Ce n’est donc pas seulement une figure de style et ce quelque soit l’intensité des sentiments ! On part donc ici d’un raisonnement fondé sur l’individu libéré de toutes entraves, et notamment celles du couple. Quelqu’un donc de « célibataire » qui pourrait entretenir des relations diverses et variées avec plus ou moins d’intensité, plus ou moins d’investissement. Il s’agit d’élargir son vocabulaire affectif, pour en finir avec la logique binaire de l’amitié d’un côté et de l’amour de l’autre, admettant l’idée que les sentiments humains sont bien plus complexes pour se résumer à ces deux termes. De là, la question de la « profondeur » d’une relation ne se pose plus… Ça dépend des individus. La question se posera plutôt en ces termes : Pourquoi me priverais-je d’exprimer mon affection pour J. si j’en ai pour lui/elle et si il/elle est d’accord pour en recevoir de ma part ? Dois je attacher J. dès lors que je l’aurais embrassé(e) sur la bouche ? Si j’ai réellement de l’affection pour il/elle, n’aurais je pas plutôt envie de le/la laisser libre, dans son intérêt ?

En effet, dans l’hypothèse d’un couple fonctionnant sur ce système, on ne fait aucun projet, on ne cherche pas à bâtir quelque chose mais simplement à se satisfaire personnellement. Imaginez un couple de deux personnes vivant chacune plusieurs relations amoureuses simultanées, imaginons maintenant que ce couple aie un enfant. Le père voudra t’il l’élever, sachant qu’il a lui-même une ou deux autres personnes vers qui se tourner, et sachant également qu’il n’est qu’une option parmi deux ou trois dans la vie de sa compagne ? On ne peut rien bâtir la dessus, aucun projet d’avenir, tout est dans le superficiel.

 

  • Nous y voilà ! Déjà j’aimerais lever un amalgame courant, que je rencontre très fréquemment lorsque je discute de ce sujet avec mon entourage. Cet amalgame consiste à confondre la relation amoureuse entre deux personnes et le rôle parental qu’ils pourraient exercer un jour. Pourquoi faut il toujours mêler les deux ? Ce sont deux espaces différents (en tout cas je l’espère car mêler sa vie privée/sentimentale et ses éventuels déboires à l’éducation de ses enfants est à mon sens très malsain). Et dès lors qu’on mélange les deux qu’advient-il des gens qui ne souhaitent pas procréer ? N’auront il jamais l’occasion de « construire » quelque chose ? D’avoir une « relation profonde » ? Ou alors la relation amoureuse est elle condamnée à aboutir sur la procréation ? Ce sont deux sujets différents à mon sens.Mais admettons maintenant, pour répondre totalement à ton argument, que deux personnes qui entretiennent une relation d’affection profonde décident d’avoir un enfant ensemble. Où est le problème ? L’enfant doit il vivre avec ses deux parents pour être totalement épanoui ? Que fait on des couples divorcés ? Des parents célibataires ? Sont ils des « ratages » de la parentalité ? Je n’ai pas connaissance qu’il y ait tant d’enfants perturbés et traumatisés dans les familles recomposées ou étant issus de parents célibataires ! Encore une fois, ce qui fait douter d’un tel système, c’est la norme sociale conventionnelle autour de la famille unie vivant sous le même toit avec son petit jardin bien entretenu et son labrador… On oublie trop souvent d’ailleurs que les frustrations et les rancoeurs d’un couple qui s’entend mal et qui maintient à toute force la sacro-sainte « unité familiale » pour coller aux standards de la société inflige bien plus de dégâts chez ses enfants que deux personnes vivant séparément mais en bons termes tout en partageant la garde de leur progéniture. Ça demande peut être des aménagements, mais je n’y vois pas là matière de remettre totalement en question l’idée de la non-monogamie.

On peut aller plus loin. On peut poser l’hypothèse que l’autre personne ne partage pas ces idées. S’ensuivent questionnements, interrogations et doutes, qui sont légitimes. Cette personne est elle réellement heureuse avec moi ? Pourquoi a t’elle besoin de chercher ailleurs une satisfaction ? Elle n’est pas « assez » satisfaite avec moi ? Ces interrogations mène à une insatisfaction du rapport l’autre, non pas parce qu’il n’est pas tout pour l’être aimé, mais parce qu’il est conscient de ne pas rendre l’autre pleinement satisfait. Suivant votre raisonnement, je dirais que cette relation doit s’arrêter dès ce moment. En effet, pour une satisfaction personnelle, on impose à l’autre une relation insatisfaisante, ce qui si vous me permettez est le summum de l’individualisme.

 

  • C’est là que nous nous rejoignons, Sven ! Mon idée des relations amoureuses ne s’imagine pas sans le préalable indispensable du partage de cette acception ! Bien entendu que les deux personnes doivent envisager les choses de la même manière ! C’est une simple question de respect de l’autre et de ses valeurs ! Mais imagine aussi l’autre pendant : si tu imposes ton exclusivité à l’autre, si tu l’attaches à toi par les liens moraux et sentimentaux du couple exclusif alors que cet autre t’affectionnes mais aimerait conserver sa liberté, n’est ce pas frustrant pour lui aussi ? Ne risques tu pas de le rendre malheureux, le forçant à faire un choix entre toi et sa liberté alors qu’il suffirait de concilier les deux ? Et refuser son affection parce que cette personne veut rester libre, n’est ce pas masochiste ? Pourquoi refuser d’être aimé pour une question de possessivité ?Ensuite, tu abordes la question d’être « suffisant pour l’autre » , de le « satisfaire pleinement » c’est donc que tu considères en réalité que tu dois être « tout » pour l’autre au moins sur le plan affectif. Voilà mon point de vue : comment une seule personne peut elle réunir en elle toutes les qualités, toutes les vertus qui permettent à l’autre d’être totalement comblé(e) et de le rester pour toujours (si on part du principe qu’un couple exclusif finira sa vie ensemble) ? À mon avis c’est impossible. On ne peut pas être « parfait » (dans le sens de combler l’autre totalement) et certainement pas dans la durée. Il faudra alors faire des « concessions », ce mot pudique pour parler des sacrifices et des désillusions de la vie de couple. Tout passe un jour ! Nous évoluons chaque jour, alors comment nos sentiments pourraient ils rester toujours les mêmes ainsi que nos désirs, nos idéaux ? Ce que j’avance, c’est une vision qui essaie d’être réaliste sur la vie et les relations affectives. Enfin, voyons les choses encore sous un autre angle : prenons l’exemple de deux personnes qui auraient de l’affection (ou de l’amour) l’un pour l’autre mais à des degrés différents. Dans ton modèle exclusif, il est clair que celui qui aime « moins » sera malheureux, car il sera clairement frustré. Si on suit ton modèle, ce couple va droit au mur avec tout ce que tu as décrit fort justement plus tôt sur l’insatisfaction dans le couple. Et comme celui qui aime l’autre plus que l’autre ne l’aime ne supporte pas que l’autre voit d’autres personnes, alors il faudra se séparer. Moi je pose une seule question : Pourquoi ? Pourquoi refuser l’affection que cet autre a à donner et qui pourrait les rendre heureux ?


Enfin, j’ai énoncé que dans vos certitudes sur comment doit fonctionner un couple, vous manquez de nuance. Cette nuance, je vous la propose. N’est il pas possible d’être en couple, d’être heureux avec l’autre, et de se laisser une liberté mutuelle ? N’est il pas possible d’être en couple et de conserver son indépendance ? En d’autres termes mener sa petite vie, avoir des amis différents de ceux de l’être aimé, mener des vies indépendantes sans toutefois aller voir ailleurs ? Aimer sans être dépendant de l’autre, n’est ce pas cela aimer véritablement ?

 

  • Toute la question est là justement ! Comment dire qu’on est libre quand on ne peut pas explorer cette liberté ? N’y vois tu pas une contradiction flagrante ? Dans ton idée seuls les liens d’amitié sont possibles en dehors du couple. C’est très restrictif ! Et encore ne peut on pas tout faire avec ses amis ! Parce que bien entendu, j’imagine que dans ta définition de l’amitié, il n’y a pas de place pour tous les gestes auxquels on rattache habituellement l’amour : baisers, caresses, relations sexuelles…Néanmoins, je suis d’accord avec ce que tu dis ensuite : aimer sans être dépendant est réellement « amour » selon moi, car il se détache justement des obligations et des devoirs qui ne sont pas sentiments ni partage affectif et des complexes qui sont propres à soi et non à l’autre (peur d’être seul, d’être abandonné…).

Je conclurais juste sur l’idée que ce n’est pas parce qu’on n’a pas été heureux en couple que cela est impossible. Et de mon point de vue, ce n’est pas le cas. Et puis, si l’on n’arrive déjà pas à être heureux a deux, n’est ce pas se rajouter de la confusion que de chercher à vivre plusieurs aventures à la fois ?

 

  • Il ne s’agit pas d’une fuite en avant où on comblerait ses insatisfactions personnelles, ses complexes, ses difficultés dans la relation à l’autre dans une sorte de vagabondage affectif. Il s’agit au contraire d’apprendre à être autonome et heureux en étant célibataire. Non pas comme choix par défaut, non comme une contrainte ou un choix qu’on ferait pour éviter d’avoir à se confronter à ses difficultés mais justement pour être épanoui et s’ouvrir à l’autre, tout en le respectant avec ses limites. Il s’agit d’explorer de nouveaux modes de relations, plus libres, plus souples, plus ou moins enrichissants et de partager son affection avec ceux/celles qui ont envie d’en partager aussi. Il n’y a rien de pathologique là dedans…

Quelques lectures :

Contre l’amour, Collectif

Au delà du personnel, ACL

 

 

 

 

 

 
  • Accueil
  • > Archives pour novembre 2010

Amour et psychanalyse 12 novembre, 2010

Classé dans : réflexions isolées — Ewillana @ 15:55

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous livrer un petit texte que j’ai écrit il y a quelques mois et que je n’ai jamais publié pour diverses raisons… Puisqu’il est difficile de vivre libre dans un monde qui ne l’est pas, j’espère que mon verbiage pourra entrouvrir des portes, des fenêtres et pourquoi pas des esprits…

La psychanalyse parle peu des relations d’amour à l’âge adulte. Une fois passée la résolution du Complexe d’Oedipe à l’adolescence, c’est le grand plongeon dans l’inconnu. Le jeune adulte se détourne une bonne fois pour toute de ses parents comme objets d’amour et d’identification, choisit un partenaire en dehors de la famille et tout va bien dans le meilleur des mondes. Après on retrouve les bonnes vieilles valeurs de notre société : mariage, famille et pourquoi pas même le labrador qui va avec. Il y a encore peu, sous l’influence de Lacan notamment, le modèle familial en psychanalyse s’est diversifié : l’homosexualité n’est plus une tare, ni une maladie mentale (depuis 1970 elle a disparu du DSMIV, la « bible » de la psychiatrie américaine), et on pense même qu’un homme puisse faire une bonne mère, qu’une mère célibataire à condition qu’elle ne vive pas en vase clos avec son enfant puisse aussi donner du « père »… Bref, les mentalités évoluent peu à peu, on finit progressivement par admettre que les « ratés de la parentalité » (homo-parentalité, mono-parentalité, problèmes de fécondité et adoption, famille recomposée…) sont avant tout des jugements sociétaux. Mais qu’en est il du couple ? De cet Amour que tout le monde cherche avec ferveur ? Rien ou peu de choses… C’est toujours le même couple monogame et exclusif qu’on entrevoit partout. Le même idéal : trouver l’âme soeur et surtout la garder. Comme si la culture et ses diktats s’arrêtaient à cette notion. On peut modifier l’architecture de la famille, mais pas besoin de remettre en question la notion de couple. Pourtant cette notion est en contradiction certaine avec ce que l’on sait du développement psychologique de l’individu et de son bon déroulement en psychanalyse… Alors faisons quelques petits rappels…


Au commencement était… Le paradis. L’enfant est dans le ventre de sa mère, dans un état de parfaite complétude et de fusion, ne manquant de rien, ne désirant rien. Bref, le bonheur absolu. La mère elle aussi est comblée. Pour la première fois peut être de sa vie de femme, elle n’est plus seule. C’est l’euphorie, la douce folie maternelle si nécessaire aux premiers liens d’attachement. L’accouchement arrive, et cet état de grâce se termine brutalement et dans la douleur, parfois avec grande difficulté. Les rêves et fantasmes maternels (mais aussi ceux du père) se confrontent à la réalité de l’enfant… Décalage parfois plus ou moins terrible et mortifère pour l’enfant et ses parents.


Si ce décalage n’est pas trop important, la symbiose physiologique de la grossesse se poursuivra naturellement par une phase de symbiose psychologique entre la mère et l’enfant. Winnicott appelle cette phase « la phase de préoccupation maternelle précoce » où la mère forme une entité fusionnelle dans un état quasi-psychotique avec l’enfant, état nécessaire pour être « parfaite », pallier tous les besoins de l’enfant quitte à les devancer. Il n’y a alors rien d’autre qui existe au monde que cette unité entre la mère et l’enfant, et celui ci construit la confiance qu’il a en lui et dans le monde grâce à ce lien, parce qu’il vit dans l’illusion (garantie par sa mère) qu’il est à l’origine de toutes ses satisfactions. En effet, sa mère étant parfaitement ajustée à ses besoins, les devançant même, c’est bien qu’il suffit de penser à quelque chose pour l’obtenir, c’est donc bien lui, le nourrisson, qui en est le maitre et décideur ! En psychanalyse, on appelle ça le sentiment d’omnipotence infantile, ou le sentiment de toute puissance infantile.


Et le mythe s’effondre. Le bébé apprend la frustration. La mère qui « va bien » sort de son état quasi-pathologique pour retourner à sa vie de femme et ses préoccupations. C’est le concept de la  « mère suffisamment bonne » chez Winnicott. Elle laisse un tiers s’introduire dans sa relation privilégiée avec le bébé, le Père (au sens symbolique et psychanalytique). Père qui vient signifier les limites de cette relation fusionnelle pour éviter que celle ci ne finisse par être destructrice pour l’enfant et pour la mère. Ainsi, la mère n’est plus « toute » à l’enfant, de même que l’enfant n’est plus « tout » à la mère. Le bébé est donc obligé d’attendre, il découvre qu’il n’est pas à l’origine de ses satisfactions, et ainsi se différencie de sa mère. Il réalise qu’il n’est pas elle, et qu’il en dépend. C’est le début de la haine. Et c’est donc dans la haine que le bébé fait le plus grand progrès : il apprend à penser. Parce qu’il doit attendre, il doit trouver un moyen de patienter. Il va donc commencer à « imaginer », en fantasmant la satisfaction de ses besoins, le retour de sa mère… Il va aussi dans le même temps commencer à investir d’autres relations, à se tourner vers autrui et bâtir les bases de sa future indépendance, notamment avec le Père…


Le temps passe. L’enfant grandit et construit son identité sur le modèle parental, premier modèle social. Le jeune enfant désire plus ou moins secrètement s’approprier alternativement chacun de ses parents et développe des sentiments haineux contre le parent rival. C’est l’œdipe. Le désir de revenir à cet état antérieur où il possédait sa mère et où il était tout pour elle. Mais il sait que c’est impossible (si tout se passe bien) et doit se résigner s’il ne veut pas perdre l’amour de l’autre parent. Il apprend aussi la différence fille/garçon, et celle des générations. La place des pairs commence à prendre de plus en plus d’ampleur et la mère doit apprendre à renoncer de plus en plus à son enfant, qui commence à prendre son indépendance.


Le temps passe encore, c’est l’adolescence. Tout à coup, le corps change, l’enfant devient en mesure de se mesurer au parent rival, il en a la maturité physique et sexuelle. C’est la reviviscence de l’Oedipe. La proximité avec les parents devient dangereuse, il faut à tout prix en sortir. Pour exister et avoir son identité propre, il va falloir s’exiler. Partir pour vivre. Ainsi l’adolescent ira chercher ailleurs ses modèles d’identification et ses objets d’amour. Trouver sa place. C’est un long travail qui commence, fait de retours et d’avancées, de succès et d’échecs, en tout cas pas un processus linéaire, en quête constante d’autonomie. On sait tous quand commence l’adolescence pour chacun d’entre nous, mais pas quand elle se termine…


On l’aura compris, chaque phase de développement est un nouveau pas vers l’autonomie, un pas vers l’autre et vers le monde. Et puis brutalement, on repasse à un modèle archaïque de relation, où l’autre doit être tout pour soi, où l’on doit être tout pour l’autre, dans un couple fusionnel et étriqué. Alors que l’on avait appris à varier ses relations, à mettre une limite à la fusion maternelle, on exige de l’autre qu’il soit le centre de son monde, à ne dépendre que de lui, au nom du Grand Amour. Ne serait ce en réalité que le fantasme d’un retour à la fusion maternelle auquel on ne peut renoncer ? Une vague de nostalgie pour un état primitif idéalisé ? Pourtant, nous avions tous appris les dangers d’une trop grande proximité : risque de perdre son identité, le contact avec la réalité, l’immense souffrance d’un désir jamais comblé, une relation où l’autre qui ne peut jamais être parfait sera toujours frustrante. La plupart du temps, nous sommes des êtres équilibrés, bien différenciés et relativement autonomes. Alors nous sommes pris de désirer « ailleurs » que dans le couple, tout comme nous nous étions dégagés de la relation maternelle pour exister. Ce serait donc un élan de santé, et pourtant c’est un interdit absolu dans notre société. J’y vois une grande contradiction. Pourquoi ce retour en arrière ? Et comment la psychanalyse peut elle passer à côté de ce paradoxe ? Alors qu’il suffirait d’accepter de partager son affection, de varier nos relations, de s’enrichir de nouvelles rencontres, d’être libre et de laisser l’autre libre en retour.


Mais voilà, la peur de la solitude est là, insidieuse, ainsi que la culture capitaliste de nos sociétés, mélange explosif. Dans une société où l’individualisme fait loi et où la propriété est devenue une valeur à laquelle se raccrocher, le modèle du couple parfait et exclusif est un idéal à atteindre. Malheureusement, nous nous y cassons les dents. Tout comme il était aliénant, impossible et malsain pour la mère de rester à jamais parfaite pour son enfant, l’autre ne peut pas correspondre à nos attentes comme un parfait miroir. Il s’épuisera à vouloir nous satisfaire dans le même temps que nous n’arriverions pas à le combler parfaitement. Cet amour s’auto-consumera avec le temps, et les désillusions arriveront petit à petit. On commencera à se dire que l’herbe serait peut être plus verte ailleurs, et ce constat mènera à la rupture parce que dans le couple exclusif, il n’y a pas de demi-mesure : soit on aime l’autre absolument, soit on ne l’aime plus. Tout comme le bébé croyait avoir une mère parfaite quand elle le comblait ou une mère mauvaise et persécutrice quand elle le frustrait (voir notamment les travaux de Mélanie Klein), les membres du couple exclusif ne font pas dans la nuance. Et après la séparation, on continuera la quête impossible et sans fin de l’autre parfait qui saura exaucer nos voeux de complétude. Dans le pire des cas, nous serons tellement apeurés à l’idée de finir seuls que nous préférerons rester enchainés à un autre que l’on n’aime plus ou moins, quitte à sacrifier les relations possibles et l’enrichissement de nouvelles rencontres pour maintenir l’illusion de la stabilité et de l’harmonie dans un couple aussi creux qu’un arbre mort qui ne tient que par ses racines.


Pour pallier souffrances de ce mode relationnel impossible à tenir dans sa position idéale, la psychanalyse et la psychologie ont développé les thérapies de couple, ultimes tentatives pour conserver à toute force l’unité du couple. Sauver le navire à la dérive. Sans se poser la question de savoir si ce n’est pas l’architecture même du couple qu’il faudrait remettre en cause. Sans travailler cette angoisse profonde de la solitude et de l’abandon, l’origine de la jalousie. Qui n’ont en fait rien à voir avec le couple, mais où tout est à comprendre dans l’histoire du sujet et sa construction identitaire. Sans développer un nouveau modèle relationnel où la propriété sur l’autre disparaitrait, où les places seraient plus flexibles, plus fluides, ainsi que les sentiments et les individus plus libres. Où il serait possible de se dégager de l’autre, de ne plus en être dépendant et de chercher des satisfactions dans la relation aux autres, de partager son affection, sans pour autant verser dans le vagabondage sexuel ou pseudo-affectif. Une juste mesure dans la relation à autrui, où l’authenticité primerait sur la peur de l’inconnu et de la solitude. C’est dans un modèle dégagé des contraintes de l’attachement forcené qu’on pourrait investir plus de temps pour soi, pour s’épanouir en tant que personne, développer d’autres relations riches sur le plan intellectuel, affectif et pourquoi pas sexuel. Pour cela la psychanalyse et la psychologie ont encore beaucoup de barrières intellectuelles, culturelles et sociales à franchir…

 

 
 

VAUT MIEUX PREVENIR QUE PERIR |
TOUR ANTOINE et CLEOPATRE |
dearlove |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | THE EMPEROR TRIES
| Le Blog de Papy Steph
| La Caverne d"Ali Baba