Le Bricabrac Schizophrénique

des idées en vrac, une pincée de bonne humeur et une bonne dose d’amitié…

 

VeÖ – chapitre V 4 janvier, 2011

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 20:33

 


V.

Les Monts Neigeux



À Drakensvärt, l’agitation était à son comble. La nouvelle d’une Haxä s’étant enfuie à dos de Scythe afin d’échapper à son jugement s’était répandue comme une trainée de poudre parmi le peuple et avec elle s’était levé un vent de panique. Déjà, on cherchait les responsables d’une telle catastrophe et on préjugeait des conséquences de cette impardonnable négligence. Chacun redoutait en son fort intérieur une nouvelle levée des Haxä et des images de guerre, d’asservissement, de messes noires, ressurgissaient du passé comme un lointain cauchemar. Mais si prononcer le mot Haxä faisait frissonner d’horreur tout un chacun et suffisait à remémorer les pires moments d’Ogäll, il n’en avait pas toujours été ainsi. Il y avait de cela cinq cent ans, les Haxä vivaient au milieu de tous et formaient une caste vénérée pour ses pouvoirs et sa sagesse. On les croyait élus des dieux et leurs représentants sur terre. De fait, ils tenaient une place importante dans la vie religieuse en Öskaalie mais aussi dans tout Ogäll. Chaque caste de chaque comté était rattachée à un vaste réseau et le dirigeant de ce réseau était un Haxä à la puissance redoutable, appelé Vilmang. Vilmang était un être d’une extrême intelligence dont le coeur était aussi dur que la pierre. Une pierre qui n’en était pas moins dotée de failles infimes qui furent le début d’une longue période de souffrance pour le monde entier. Vilmang était ambitieux. Une ambition sans bornes ni refuge qui le conduisit à pousser ses pouvoirs toujours plus loin, au travers d’expériences obscures qu’il menait en secret dans son cabinet, seulement entouré de quelques pages et assistants. Il voulait découvrir l’essence de la magie et la posséder, ne plus faire qu’un avec elle, Être Elle. Ainsi ses pouvoirs ne seraient plus jamais limités par son humanité : faiblesse, fatigue, maladie, vieillesse… Il acquit rapidement la certitude que la réponse était uniquement en lui. Il aurait beau sacrifier illégalement toutes les créatures dotées de pouvoir anciens, il n’acquerrait jamais le secret de leur pouvoir. Mais s’il cherchait profondément dans les tréfonds de son âme, il trouverait là un puits intarissable d’énergie, il en était certain. Progressivement, il repoussa les limites de son corps et de son âme et ses années d’efforts et de sacrifices furent récompensées. Les digues de son humanité se rompirent et la magie jaillit dans sa toute puissance, comme un torrent furieux, indomptable. Mais si Vilmang avait pensé fusionner avec elle, il n’avait pas prévu de s’en trouver esclave. Pourtant, la magie ne lui laissa plus jamais un moment de répit. Elle le nourrit autant qu’elle exigea de lui et il devint à la fois l’être le plus puissant et le plus misérable que le monde d’Ogäll ait jamais porté. L’humanité qu’il avait tant cherché à fuir l’avait bel et bien déserté pour faire de lui un monstre hideux, blafard, amaigri, transfiguré par la magie jusqu’à son dernier degré. Il se cacha alors sous un manteau sombre à large capuche qui devint l’habit de l’Haxä. La magie attirant la magie, Vilmang n’eut plus qu’une idée en tête : fournir plus de combustible à la maitresse intransigeante qui bouillonnait en lui. Il révéla son nouveau visage au monde. Il choisit pour cela l’événement le plus important en Ogäll : tous les deux ans avait lieu un grand Conseil des Peuples réunissant tous les grands dirigeants, amis ou ennemis, pour discuter de l’avenir du monde. Cette année là, le Conseil avait lieu en Öskaalie, à Örnstad, la Cité de l’Aigle. Cette ville fortifiée avait été taillée à même la montagne. Elle était réputée imprenable de part sa position dominante sur le reste de la région et de son accès particulièrement difficile y compris pour ses habitants eux mêmes. Cela en faisait un lieu privilégié pour la réunion du Conseil, offrant un abri facile à sécuriser. Vilmang y vit une raison supplémentaire d’y faire la démonstration de sa supériorité, un exploit qui marquerait les esprits à tout jamais. Déjà deux années qu’il se tairait loin du monde, préparant son jour de gloire, dressant une armée prête à envahir le monde dès qu’il en donnerait le signal. Quand il fit une arrivée tonitruante en salle du Conseil, personne ne le reconnût d’abord. Puis la stupeur fit place à toute autre émotion quand Vilmang révéla ses nouvelles marques et son visage hideux. Il s’exprima ainsi :

- Une nouvelle ère se lève. Aujourd’hui, la magie demande à trouver sa véritable reconnaissance. Le temps des Haxä est venu. Nous ne resterons plus cloitrés dans les temples. Soyez avec nous ou mourrez ! Il n’y aura pas d’autres alternatives pour les lâches et les rebelles.

Les dirigeants se levèrent tous en même temps et crièrent au scandale. Comment accepter une telle chose venant de cette caste si respectable ? Mais surtout, personne ne voulait croire que les Haxä puissent être assez puissants pour imposer de telles conditions. Mais Vilmang n’était pas venu négocier. Il sortit son bâton d’ébène de sous son manteau et l’éleva vers le ciel avant de l’abattre sur le sol. En quelques minutes, la ville entière fut rasée. De ce que fut Örnstad l’orgueilleuse, il ne resta que quelques remparts fumants. Quand plus rien ne bougea, Vilmang laissa quelques survivants traumatisés s’enfuir pour raconter le massacre qui avait eu lieu et répandre la nouvelle de cette catastrophe. Le monde se trouvait dès lors affaibli, la plupart des contrées se retrouvant sans dirigeants et devant faire face à une menace terrifiante à laquelle elles ne s’attendaient pas. Contre la magie nul n’était préparé. Vilmang lança ses armées sur le monde, méthodiquement. Les peuples qui vénéraient autrefois les Haxä les craignaient d’autant plus et se trouvaient presque incapables de se dresser devant eux. La terre entière fut bientôt noyée dans le sang des innocents. Très vite, certaines nations décidèrent de se joindre à Vilmang, pour ne pas mourir. Ces peuples furent aussitôt réduits à la servitude la plus totale et les autres massacrés jusqu’à complète reddition. Parallèlement, tout nouvel Haxä se devait d’être recensé et de rejoindre les rangs de l’armée de Vilmang sous peine de subir un sort funeste. Le monde sombra dans le chaos et la souffrance. Vilmang devint le maitre absolu en Ogäll. Il établit le siège de son pouvoir là même où il l’avait révélé, dans l’ancienne Cité de l’Aigle, plus communément appelée Monts Neigeux quelques siècles plus tard.

 


Grimma, lui, ne se faisait pas tant de soucis. Il ne suivit même pas les nouvelles. Quand le Conseil se réunit à nouveau pour discuter des recherches à mener et comment procéder, il croisa ses mains derrière son dos et attendit. Alwine Galenwan semblait plus dure et impénétrable que la plus froide des pierres des Monts Neigeux. Elle se maudissait de ne point avoir fait surveiller ce jeune fou de Samuel Amaralas qui, encore une fois, avait fait la preuve de son immense clairvoyance. La matriarche avait l’air furieux et inquiet, ce qui ne lui correspondait si peu, et les autres membres du Conseil grondaient. Alwine tenta tant bien que mal de calmer les ardeurs de chacune en défendant sa fille, mais ses arguments furent balayés par sa trop grande implication dans l’affaire. Finalement, elle baissa la tête, vaincue. Quand la matriarche demanda si quelqu’un avait des suggestions afin de retrouver la fille, Grimma prit enfin la parole, savourant l’intensité des regards posés sur lui :

- La magie contrôle déjà en partie la fille…. Mais heureusement pour nous, elle s’est échappée à l’aide d’un des Scythes de la Horde. Ils ont la particularité de ne répondre qu’à la magie et cette magie leur permet aussi d’être connectés entre eux et de communiquer. Laissez moi faire et nous n’aurons aucun mal à retrouver celui là ainsi que la fille. Ensuite, quand nous l’aurons retrouvée, je m’occuperais personnellement de son cas, si vous le voulez bien. J’ai bien peur de l’avoir encore sous-estimée et il est maintenant trop tard pour revenir sur notre décision.

La matriarche hésita un instant en son fort intérieur. Elle n’appréciait pas être commandée de la sorte par ce perfide, mais elle sentait qu’elle ne pourrait pas s’opposer à lui sans engendrer une pagaille sans précédent, et pas seulement au sein du Conseil. Il était temps d’éloigner cette menace de Drakensvärt. Et le plus tôt serait le mieux. Elle hocha donc la tête et Grimma quitta la tribune, entièrement satisfait par la tournure des événements. Au loin, un petit cheval bigarré s’enfuyait dans la nuit en direction des Rocheuses.

 

(more…)

 

 

VeÖ – chapitre IV 16 décembre, 2010

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 20:59

IV.

Le verdict


C’était le moment de voter. En effet, lorsque le cas d’un Haxä posait problème, on devait procéder à un vote des membres du Conseil et la majorité décidait de l’avenir de l’individu concerné. En Öskaalie, ce principe était appliqué mais la matriarche votait en dernier lieu, donnant symboliquement la décision finale. De même si on aboutissait à une égalité parfaite (ce qui était impossible si tous les membres du conseil étaient présents), c’était l’avis de la matriarche qui était pris en compte. Les visages étaient graves ce soir là. Il y avait bien longtemps qu’on n’avait pas eu à prendre une décision aussi radicale pour la vie d’un citoyen de la cité. Grimma s’en moquait royalement. Dans tous les cas, il serait gagnant, l’important étant d’avoir semé le doute et la peur dans le coeur du Conseil. Si Saya mourrait ce soir, il n’aurait plus à s’en soucier. Si elle lui était finalement imposée, il s’en servirait comme bon lui semblerait. Et de ce qu’il avait pu en voir, se charger de son cas serait loin d’être une corvée. Le plus délicat était de savoir à quel point son intervention avait divisé l’assemblée. Il eût la réponse quelques instants plus tard quand la matriarche annonça solennellement :

- Ainsi, il est temps de voter, mes filles. Qui est pour laisser la vie à l’Haxä Saya Galenwan ?

On avait l’habitude de voter à main levée tous en même temps afin de limiter l’influence des autres sur son vote. Aussi, quatre mains se levèrent simultanément en réaction à cette question. C’était bien entendu Alwine Galenwan, mais aussi la sage Mektild Anur, la douce Sybille Ceres et l’impétueuse Bathilda Galarùr. Mais avant que quiconque ne dise quoique ce soit, Grimma déboula au milieu du cercle et protesta :

- Comment ? Alwine Galenwan est autorisée à voter avec tous les intérêts personnels qu’elle a dans cette affaire ?

À ce moment là, celles qui n’avaient pas encore voté approuvèrent et le camp opposé, lui, protesta que ce n’était pas protocolaire et totalement arbitraire d’évincer Alwine du vote à ce stade . La matriarche leva la main en l’air pour réclamer le silence et dit :

- Très bien. J’entends vos arguments, aussi le vote d’Alwine ne sera-il pas pris en compte. Nous avons donc 3 voix pour et 4 contre.

Les visages étaient blêmes à part celui d’Alwine qui bouillonnait de colère aux côtés de la matriarche. Dans quel camp Hera Soleres allait-elle se positionner sachant que la majorité était contre ? Grimma pensa qu’elle allait voter contre, pour ne pas se mettre à dos le conseil et éviter une escalade populaire en cas de problème. Très digne, elle mit fin à ses spéculations :

- En ce qui me concerne, je vote pour. Ainsi l’Haxä vivra.

Alwine n’en croyait pas ses oreilles. Sa fille allait vivre !! La matriarche allait à l’encontre de la majorité pour sauver Saya ! Elle en aurait pleuré de soulagement si elle ne s’était pas si bien contenue. Néanmoins, elle était bien la seule à se sentir le coeur aussi léger. L’annonce de la décision de la matriarche faisait grand bruit au sein des partisanes du « contre ». On criait au scandale, on accusait la matriarche d’être partiale et aveuglée par son affection pour Saya, qui était la fille d’une de ses proches collaboratrices. Grimma, quant à lui, fut surpris par une telle imprudence de la part d’Hera, si pondérée et prête à tout pour la sauvegarde de la Cité et de son trône. Mais soit, s’il fallait faire avec la fille, alors il la modèlerait à son idée et finirait par la manipuler comme une marionnette. Et si elle n’était pas assez docile, il la tuerait tout simplement, comme il en avait supprimés tant d’autres, des rétifs et des incorruptibles. La matriarche haussa le ton :

- J’espère que la chef suprême de Drakensvärt a encore le droit de voter selon son coeur et sa raison ! Ma décision est prise, qu’elle vous plaise ou non. Personne ne peut me taxer de partialité alors que j’ai accepté d’évincer Alwine lors du vote ! Quant à celles qui pensent que je ne suis plus compétente pour siéger sur ce trône, qu’elles viennent me défier officiellement.

Tout le monde se tut et la matriarche poursuivit :

- Nous sommes donc d’accord. Nous reste alors la seconde décision à prendre : L’Haxä ira-elle rejoindre la Horde aux Monts Neigeux  ? Que celles qui sont pour lèvent la main.

Toutes les mains se levèrent dans un même mouvement et Grimma se réjouit d’avance de ce nouveau défi qui s’ouvrait à lui.


À bout de souffle, Samuel s’accroupit sur le toit afin de ne pas être remarqué. La grande bâtisse où résidait Saya et sa mère n’était plus qu’à quelques mètres de lui. On ne distinguait la somptueuse villa que quelques tuiles rouges du toit et des têtes de palmiers l’entourant. En effet, la propriété était protégée par de hauts murs la séparant du reste de la ville et de ses habitants. C’était une précaution courante chez les gens de la haute société qui souhaitaient jouir de la plus grande intimité possible dans cette cité où il suffisait de tendre le bras à travers sa fenêtre pour voler son voisin. La mère de Saya était une personnalité politique de haut rang, elle avait donc amassé au fil de sa carrière de quoi faire construire une des propriétés les plus imposantes et convoitées de Drakensvärt qu’elle faisait jalousement garder par des gardes à l’entrée et des hommes chargés de faire des rondes de jour comme de nuit. Mais ce n’était pas un problème pour Samuel et Saya qui avaient l’habitude de se retrouver en cachette en utilisant une faille dans les mesures de sécurité d’Alwine Galenwan. En effet, il existait dans les murs d’enceinte un endroit plus irrégulier où le crépis à la chaux était tombé, laissant voir les pierres. Alwine avait maintes fois tenté de les faire recouvrir mais bizarrement, l’enduit ne tenait jamais. Elle avait fini par renoncer, ne sachant pas que sa fille et son meilleur ami s’ingéniaient à saboter le travail afin de conserver le privilège de leur liberté. Samuel sourit derrière son turban en repensant à ces nuits passées à gratter consciencieusement l’enduit frais, les sens en alerte afin de ne pas être surpris par un garde. Immanquablement, il repensa aussi à ces moments de pur bonheur passés sur le balcon de Saya où dans les branches du palmier leur servant de tremplin pour passer de la maison aux murs d’enceinte, refaisant le monde à deux, emmitouflés dans des couvertures, les yeux rivés sur la voie lactée. Ils parlaient à voix basse, l’écho de leurs conversations masquées par le souffle du vent froid venant des montagnes, et ils échafaudaient les plans de leur vie future, leurs rêves d’enfant paraissant aussi palpables et brillants que les étoiles qu’on semblait pouvoir toucher du doigt dans la nuit noire. Il revit la première fois où elle l’avait embrassé, lui, le gamin des rues, répondant à un défi qu’il s’étaient lancé quand il avaient une douzaine d’années. Elle l’avait regardé avec ses yeux rieurs et effrontés qui n’avaient peur de rien et sans ciller, elle avait posé ses lèvres sur sa bouche à lui, Samuel Amaralas. Puis, voyant que son visage virait au cramoisi sous son teint hâlé par le Soleil, elle avait éclaté de rire et lui en avait donné un deuxième, juste pour voir s’il pouvait encore changer de couleur. Samuel s’était senti affreusement gêné, vexé d’avoir perdu le pari, mais aussi incroyablement léger avec cette sensation de chaleur qui irradiait sa poitrine et faisait battre son coeur plus vite bien que le Soleil n’y soit pour rien. Il aimait plus que tout le sourire éclatant de Saya, ses lèvres douces et charnues, ses grands yeux clairs en amande qui semblaient toujours goguenards ou demander « pourquoi ? », ses pommettes hautes et son petit nez mutin planté au milieu de son visage comme un défi aux canons de beauté classique. Mais surtout, il aimait l’incroyable énergie et la liberté de Saya, son goût pour l’imprévu et pour la vie quelque soit sa forme. Elle n’avait pas sa place dans la tragédie qui se jouait aujourd’hui, elle était trop combattive et pleine de vie. Il refusait même cette éventualité sachant aussi que Saya serait tout aussi mal à sa place dans la forteresse glaciale et austère des Monts Neigeux, isolée du reste du monde qu’elle aimait tant. Un instant, il se demanda si elle avait changé depuis la révélation, si ce que la matriarche avait dit était vrai. Était il toujours son ami ? La connaissait il si bien ? Puis, il ferma les yeux et fit taire ses questionnements futiles. Sa seule préoccupation devait être de libérer Saya, de lui laisser une chance. Elle resterait son amie quoiqu’il arrive. Quand la nuit tomba brutalement, comme à son habitude en ces contrées arides, Samuel se mit en branle, ravi de pouvoir enfin transformer son angoisse sournoisement tapie dans son ventre en énergie. Comme un funambule, il marcha le long d’une poutre du toit soutenant une lampe à huile et sauta. Il se réceptionna dans un nuage de poussière en s’accroupissant au sol comme un félin en chasse, et attendit le passage du garde de l’autre côté du chemin. Quand celui-ci fut hors de vue, Samuel parcourut les quelques mètres qui le séparait des murs et de la faille sans faire un bruit et escalada souplement la muraille en s’appuyant sur les pierres irrégulières. Il avait fait cela si souvent qu’il pouvait grimper sans y réfléchir et il se demanda si cela n’était pas trop facile, finalement. Une fois en haut du mur, tapi comme une ombre dans l’abri des feuillages du grand palmier, il scruta les alentours et repéra une forme sombre sous le balcon de Saya. Un prédicateur chargé de surveiller l’une des issues de la chambre de Saya. Il était impossible de sauter du mur au palmier et du palmier au balcon sans se faire remarquer de lui et déclencher l’alerte générale. Il fallait donc le neutraliser. Le rythme cardiaque de Samuel se fit plus lourd, sa respiration plus calme. Il avait appris à maitriser ses émotions pour mieux se concentrer. Il attendit patiemment que le garde lui tourne le dos, puis il sauta et atterrit juste derrière lui, plaçant dans le même élan deux coups frappés du tranchant de la main sur la base du cou de la malheureuse victime qui n’eut pas le temps de se retourner. Il rattrapa l’homme qui s’effondrait déjà entre ses bras et le traina jusque derrière de hauts massifs de fleurs accolés aux murs d’enceinte. À peine prit-il le temps de balayer les traces de poussière dans le sol qu’il escaladait de nouveau le palmier, entièrement concentré sur son objectif.


Saya sentit un changement infime dans l’air de la nuit. C’était trop calme. Et puis, elle se retourna vivement en entendant le bruissement des feuilles. Elle connaissait bien ce bruit. Il n’y avait aucune lumière dans la chambre, Saya n’avait allumé aucune bougie pour mieux réfléchir, tournant en rond dans la petite pièce envahie par un bric-à-brac de meubles et d’objets hétéroclites. Elle se colla dans les tentures de ses rideaux et attendit. Une ombre noire se glissa dans la chambre par le balcon et elle reconnut immédiatement la silhouette de Sam. Il souffla :

- Saya ?

Elle sortit de sa cachette pour mieux lui sauter dans les bras. Peu importait la raison de cette visite saugrenue. Elle était la bienvenue ! Elle se sentait si perdue depuis quelques heures ! Elle ne savait même plus qui elle était et ce qu’elle devait croire. Il l’étreignit de toutes ses forces et l’embrassa. Cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas montré aussi démonstratif et passionné envers elle. Ils étaient aussi intimes qu’ils étaient libres, aussi leur relation était-elle semblable aux sables du désert, changeante et multiple. Saya sentait confusément le désespoir de son ami et se dégagea bien vite de cette étreinte qui bien que réconfortante n’annonçait rien de bon.

- Sam, pourquoi es-tu venu ? Et comment ?

 

(more…)

 

 

VeÖ – chapitre III 11 décembre, 2010

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 21:52

III.

Le Conseil


La tribune du Conseil représentait un haut-lieu du pouvoir à Drakensvärt. Seule bâtisse parfaitement circulaire de la ville, son imposante façade et ses riches colonnades avaient de quoi inspirer le respect et la déférence. Deux gigantesques statues de femmes guerrières encadraient le portail monumental, richement ornementé d’arabesques en Or incrusté de pierres précieuses. Il y avait dans les décorations de ce portail de quoi subvenir aux besoins de la ville pendant au moins toute une année. Quatre prêtresses-guerrières, réelles celles-ci, gardaient l’entrée et on se demandait sur quoi elles veillaient le plus : les enluminures du portail ou les vivants qui occupaient ces lieux. L’intérieur se voulait aussi impressionnant que l’extérieur et se présentait comme un gigantesque amphithéâtre. La matriarche se tenait en bas des gradins sur une estrade, assise sur un fauteuil de pierre devant les statues de Sòl et Ingunäar et huit prêtresses du plus haut rang l’entouraient en restant debout. Elles étaient les ministres chargées du bon fonctionnement de la ville et se répartissaient différents domaines de compétence : Alwine Galenwan était chargée de l’ordre et de la sécurité de la ville et commandait les armées, elle représentait le bras droit de la matriarche et se plaçait donc juste à côté d’elle, puis venaient Mektild Anur en charge de la justice, Alrun Galebrin en charge des affaires religieuses, Sybille Ceres, en charge de l’économie et du commerce, Guisélaa Belédien, en charge des affaires étrangères, Silke Chanasur pour l’hygiène et la santé publiques, Bathilda Galàrir pour l’éducation et la formation militaire, et Sunilda Fenrir pour l’art et la culture svärtienne. La matriarche prenait toujours la décision finale concernant les lois et les décrets et était à la fois le pouvoir militaire et la cheftaine spirituelle. C’était souvent la femme la plus âgée de la ville mais il arrivait qu’une prêtresse plus jeune soit élue à la place d’une plus vieille parce que ses faits d’arme et son expérience le justifiaient. C’était le peuple qui élisait tous les dix ans les ministres au sein de la Sororité de Sòl, ordre religieux dans lequel les jeunes filles de la ville qui le souhaitaient entraient à l’âge de 11 ans après avoir été rigoureusement sélectionnées lors d’un concours extrêmement difficile par les Supérieures pour leurs qualités physiques, morales et intellectuelles. Celles qui étaient choisies entraient alors dans la Sororité et suivaient les enseignements en espérant un jour être élues par le peuple pour siéger au Conseil. La matriarche était elle aussi élue par le peuple et le restait jusqu’à la fin de sa vie. Ainsi donc, le pouvoir était matriarcal à Drakensvärt, aussi les membres permanents du Conseil ne comptaient-ils que des femmes. Les hommes pouvaient néanmoins intégrer toutes les sphères du pouvoir, et leurs avis étaient toujours attentivement écoutés au Conseil. Il en était ainsi depuis toujours en ces contrées désertiques et les étrangers riaient souvent dans les tavernes de ces hommes qui ressemblaient à des femmes avec leurs djellabah et de ces femmes qui ressemblaient à des hommes avec leurs sarouels et leur turban. Cependant, ils riaient bien moins quand il se retrouvaient à plat ventre, menacés d’un couteau sous la gorge par l’une de ces femmes qui « ressemblait à un homme ». On ne se moquait pas impunément des habitants d’Öskaalie, que ce soit à Drakensvärt ou ailleurs.


De même, on ne riait pas au Conseil, ce jour là. Elle était inhabituellement animée pour une assemblée purement protocolaire. La réunion menaçait même de prendre une tournure tragique pour Saya. L’Ôracle aux yeux maquillés de noir martelait ces paroles tout en regardant chaque femme l’une après l’autre :

- Cette fille est dangereuse. Son pouvoir prendra bientôt des proportions inimaginables. Vous devez la brûler ! Il en va de la survie de la Cité ! Et peut être de l’Öskaalie entière !

Les ministres passaient de la peur à la colère, de la colère à la consternation et ne semblaient savoir que faire. Elles furent réduites au silence par un geste de leur cheftaine. La matriarche dont le visage ressemblait à celui d’un chat siamois avec sa peau un peu plissée par le temps, ses grands yeux en amandes et son menton pointu, rétorqua :

- Grimma, j’ai besoin d’un peu plus d’éléments avant de décider de brûler une jeune fille innocente de dix sept ans sur la place publique.

Vexé par le regard narquois de la matriarche, Grimma s’empourpra. Ce n’était point cette vieille bique d’Hera Soleres qui allait remettre en question son pouvoir et son autorité ! Il répondit :

- Sans vouloir vous offenser, vénérable matriarche, personne n’est mieux placé que moi pour savoir que cette jeune fille est une menace terrible pour nous tous. Je l’ai senti avant même que son pouvoir ne s’éveille, hier, dans une transe ! Le flux de magie qui circule maintenant sature toutes mes perceptions !

À ces mots, la femme qui était restée jusque là silencieuse, Alwine Galenwan, renifla avec dédain :

- Pardonnez moi, Grimma, mais à part les vapeurs d’opium, qu’êtes vous encore capable de sentir ? La matriarche demande des preuves concrètes, pas de viles spéculations sorties tout droit de l’un de vos délires mystiques auxquelles vous êtes à présent seul à croire !

Même si la dépendance de Grimma aux opioïdes était bien connue au sein du Conseil et faisait régulièrement le sujet de railleries parmi les ministres, il fallait bien du courage et du sang-froid pour oser dire une chose pareille au visage de l’Ôracle. Mais c’étaient des qualités dont ne manquait pas la cheftaine des armées, qui s’était illustrée maintes fois au combat et faisait preuve d’un bon sens pratique et d’une rationalité sans faille. Ses yeux aigue-marine fixaient sans ciller le regard noir de Grimma qui s’étouffa presque sous l’insulte :

- Je ne vous permets pas, Alwine Galenwan ! Soyez certaine que vous me paierez cet affront !

Pointant un index menaçant dans sa direction, il avança vers elle et un sourire cruel se dessina sur son visage blafard :

- Par ailleurs, je me demande pourquoi vous êtes ici à discuter du sort de cette jeune fille, votre propre progéniture, si je ne me trompe pas !

(more…)

 

 

Voyages en Ogäll ou Les Contrées Hostiles – Chapitre II (suite – corrigé) 3 décembre, 2010

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 12:18

II.

Drakensvärt

(suite)

 

[ C’était ce terrible et fragile équilibre entre les forces et les intérêts de chacun à survivre qui rythmait la vie et ses tragédies dans le désert. Tout du moins la plupart du temps, car il arrivait parfois que les humains se chargent eux mêmes de cette besogne.] 

Saya contemplait les remparts de la ville depuis la fenêtre de sa chambre. Le soleil commençait à descendre et elle voyait de loin les fumées de la cérémonie funéraire rendant hommage à Öde s’élever dans le ciel en teintant d’un voile gris les couleurs chatoyantes du coucher de Soleil. Ses oreilles percevaient le chant lointain et mélancolique des lyres et de la flûte qui pleuraient le départ du cheval et accompagnait son voyage vers l’au-delà. Quand le brasier funéraire serait éteint, le vent emporterait les cendres d’Öde à travers les rues de la ville, au dessus des toits-terrasse des immeubles, et le courageux équidé emplirait encore une fois de sa présence le coeur de ceux qui l’avaient aimé avant de rejoindre ses ancêtres dans le désert, à tout jamais libre. Saya aussi versa quelques larmes pour le cheval gris, car elle l’avait connu et apprécié durant son enfance, lorsqu’elle partageait les jeux de Sam dans les Palmeraies. Elle regrettait amèrement de ne pas pouvoir assister aux funérailles afin de dire aurevoir au brave animal et de soutenir son meilleur ami, car elle savait qu’il serait dévasté et qu’il devait avoir bien besoin d’une épaule amicale en ce moment même. Elle se sentait aussi vaguement coupable de ce drame, car après tout, Sam était revenu sur ses pas pour lui venir en aide, ce qui avait entrainé la mort prématurée du cheval. Et dire que cette excursion ne devait rien avoir d’extraordinaire ! Ils étaient partis avec cette peste du nom de Liv et Odalrik, un garçon plus jeune qu’eux à la timidité excessive. La raison en était simple : ils devaient tous quatre rendre un exposé le lendemain sur les vertus de la tenasmimt, une plante rare qui ne poussait que dans les Rocheuses. Bien entendu, il avait fallu que Liv exige qu’ils aient un échantillon de cette plante pour la présenter devant la classe et s’attribuer ensuite tout le mérite de sa découverte. Mais ils n’en avaient pas trouvé et sachant que le Soleil ne tarderait plus à se coucher, ils avaient fini par renoncer à leur projet pour rentrer à l’abri. Et puis il y avait eu l’attaque du Skaad. Et maintenant, Öde était mort et Saya se trouvait accusée d’un crime qu’elle ne comprenait pas. Elle gardait un souvenir confus de ce qui s’était passé et le terrible mal de crâne qui lui martelait les tempes ne faisait rien pour arranger sa mémoire. Par contre, elle se rappelait clairement du regard de Sam quand il l’avait réveillée dans les dunes avec un peu d’eau de sa gourde. Ce regard, elle l’avait déjà vu une fois, il y a fort longtemps. Un mélange de peur et de fascination.

Elle avait dix ans. Elle courait sur les toits à la suite d’un Stigg, sorte de petit écureuil des sables qui avait un don particulier pour le vol d’objets brillants et de tout ce qui se mange d’une façon générale. Celui-là lui avait pris la broche en or que sa mère lui avait offerte pour son anniversaire afin d’ornementer son turban. Elle l’avait poursuivi jusque sur une terrasse quelle ne connaissait pas et le tenait enfin à sa merci quand elle avait senti quelque chose. Elle tourna la tête en direction des portes fenêtres donnant sur l’appartement et commença à avoir peur. Si elle était découverte là, elle était bonne pour une sacrée réprimande. Elle tenait fermement dans ses mains le petit animal qui s’accrochait désespérément à son butin tout en essayant de la mordre quand elle aperçut un jeune enfant, d’environ 3-4 ans, assis sur un tapis dans le salon. Il jouait avec des cubes en bois multicolores et c’était le bruit qu’il faisait en s’amusant qui l’avait alertée. Elle poussa un soupir de soulagement et s’apprêta à arracher la broche des pattes de son voleur quand quelque chose retient soudainement son attention. Devant elle, les cubes de bois lévitaient dans l’air et l’enfant riait aux éclats. Elle fut si saisie d’effroi qu’elle en lâcha le Stigg qui la regarda un instant avec incrédulité avant de s’enfuir avec sa broche. Les mains du jeune garçon tournaient doucement devant lui et les cubes suivaient son mouvement. Saya ne pouvait détacher son regard de lui, alors même qu’elle n’aspirait qu’à fuir. Sa mère et tout un chacun lui avait bien parlé des dangers de la magie, force maléfique et obscure qui avait failli détruire le monde. Et puis, l’enfant dut sentir son regard car il tourna brusquement la tête vers elle et la fixa de ses yeux grands yeux bruns, tout en continuant à jouer avec les cubes. Des yeux de faon, incroyablement intenses et mûrs pour leur âge, créant une sensation dérangeante chez celle qu’il tenait dans son regard. Pourquoi la regardait-il ainsi sans réagir ? Comme il ne cillait pas, Saya fut prise de peur et retrouva l’usage de ses jambes. Alors qu’elle reculait en trébuchant, la mère de l’enfant entra dans la pièce et resta elle aussi saisie d’effroi. Son regard perdit toute chaleur et elle devint livide. On voyait la peur sur son visage quand elle poussa un cri et Saya s’enfuit. Plus tard, elle avait vu la Horde arriver et enlever l’enfant devant une foule muette et figée. Ces regards l’avaient marquée à tout jamais et elle espérait ne jamais lire cette expression de peur dans le regard de sa propre mère. Et voilà que des années plus tard, c’était son tour. Revenant au visage de Samuel, elle avait remarqué les larmes sur les joues de son ami et elle avait compris qu’Öde n’avait pas survécu. Il l’avait néanmoins aidée à se relever et elle découvrit qu’elle était nue. Non pas que cette nudité la gênait particulièrement, encore moins devant Sam qui la connaissait si bien, mais elle se demandait bien à quel moment elle avait perdu ses vêtements et ce qu’ils étaient devenus. D’autre part, elle avait remarqué de drôles de stries sur sa peau, comme un tatouage en filigrane qui lui en rappelait d’autres auxquels elle n’avait pas envie de penser. Elle avait jeté un regard interrogateur à Sam et il avait baissé les yeux avant de lui raconter ce qu’il avait vu. Elle ne put que constater qu’il disait vrai car le cadavre encore fumant de l’énorme Skaad gisait sur le sol, juste sous ses yeux. Puis il prononça le mot avec hésitation : Haxä. Bien sûr, elle savait ce que ça signifiait, elle ne parvenait tout simplement pas à accepter cette possibilité.

(more…)

 

 

Voyages en Ogäll ou Les Contrées Hostiles – Chapitre II 2 décembre, 2010

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 20:37

 

II.

Drakensvärt


Drakensvärt la Ténébreuse était l’une des grandes cités qui faisaient la gloire de la région d’Öskaalie. D’aucun lui enviait ses remparts couleur d’ébène qui avait contribué à sa légende. On racontait que dans les temps anciens, avant que cette partie du monde ne soit recouverte par les sables, un dragon mythique s’était posé là pour mourir. Il avait déployé ses larges ailes noires autour de lui et s’était éteint dans un nuage de souffre. Ainsi disait-on que les remparts de la ville étaient en réalité la partie émergée des ailes du grand dragon noir et que la cité s’était construite dans leur étreinte. Cette légende expliquait la singularité de ses remparts aussi infranchissables qu’irréguliers. Personne n’aurait jamais osé imaginer qu’un architecte mal inspiré ou un peu trop porté sur la bouteille eut gâché les plans de construction des remparts de la grande cité. Quoiqu’il en soit, ces remparts irréguliers dont les extrémités étaient aussi tranchantes que l’acier donnaient à la ville cet aspect sombre et terrifiant qui inspirait le respect à toute personne étrangère à ses murs. Ces pics acérés donnaient l’impression de vouloir défier le ciel dont le Soleil impitoyable maltraitait toute forme de vie en ces lieux. Toute l’architecture de la ville avait été pensée pour résister aux assauts des éléments dans cette contrée hostile. Drakensvärt semblait presque construite dans un seul et même bloc de roche tant les rues étaient étroites et les bâtiments rapprochés les uns des autres. Tout avait été aménagé afin de limiter les déplacements longs et protéger les habitants des rayons du soleil. Le centre de la ville regroupait les fonctions essentielles de la cité: les principaux commerces et marchés, les institutions du pouvoir et les temples de culte. Ici, on vénérait bien entendu Sòl, déesse guerrière du soleil, maitresse de toute forme de vie en cette partie du monde, mais aussi Ingunäar, dieu de l’eau et de la fécondité. C’étaient des dieux infiniment beaux et terribles et leurs adeptes ne manquaient jamais de leur faire un sacrifice afin de se prémunir d’un sort funeste. On n’oubliait pas non plus d’adresser une prière aux esprits du désert qui pouvaient provoquer d’infernales tempêtes de sable et égarer le voyageur imprudent aussi bien qu’ils pouvaient le mener vers les merveilleux trésors d’un oasis encore vierge. Afin de rester en bons termes avec eux, il convenait aussi de ne jamais provoquer leur colère par une quelconque offense, en ne crachant jamais dans le sable, par exemple. Ainsi, mille et une règles régissaient la vie des Svärtiens au quotidien dans l’espoir de ne jamais déplaire aux forces qui ordonnaient leur univers.

Mais si les croyances svärtiennes alimentaient bien des plaisanteries en d’autres lieux, contribuant pour partie à leur renommée, les Svärtiens étaient surtout connus pour leurs talents d’orfèvre et de forgeron. En effet, le Sud de l’Öskaalie regorgeait de gisements des plus précieux minerais du monde auxquels on associait des propriétés plus ou moins magiques selon les régions : Or bleu aux vertus médicinales diverses, Obsidienne noire utilisée dans la fabrication des bijoux et des armes afin d’assurer détermination et force à son détenteur, Rubis pour la fertilité et plus banalement Fer dont les propriétés concrètes se passaient de commentaires. On trouvait encore à profusion de ces richesses dans les profondeurs des grottes situées à l’extérieur des portes de la ville, dans le dédale des Rocheuses. Ce territoire, sans appartenir à qui que ce soit, était généralement rattaché aux terres svärtiennes, non en raison de sa proximité mais plutôt du fait de sa dangerosité. C’était notamment le lieu de prédilection des Skaads pour la ponte durant la saison des Grands Orages car ils aimaient enfouir leurs oeufs au plus profond des grottes. Et gare à l’aventurier malchanceux qui confondait un oeuf de Skaad avec une pierre précieuse ! Mais les Skaads n’étaient pas les seuls dangers de ces montagnes : leur complexité avait tôt fait de perdre le voyageur non initié et les éboulements étaient fréquents. Il fallait aussi composer avec toutes sortes de créatures rampantes ou volantes et de plantes dont la beauté n’avait d’égale que leur toxicité. Les habitants de Drakensvärt avaient une connaissance infinie de cette ancienne chaine de montagnes qui marquait la frontière entre l’Öskaalie et les Mers de Saphir. En naissant et en vivant dans les dunes, ils apprenaient vite les pièges redoutables de leur environnement, initiation indispensable pour tous ceux qui souhaitaient survivre. Cependant, il n’était pas rare de découvrir des restes humains ou d’animaux en parcourant ces grottes et ce n’était point un hasard si de riches investisseurs étrangers préféraient embaucher des guides svärtiens pour explorer ces lieux plutôt que d’envoyer des compatriotes. Aussi, les services des Svärtiens se vendaient à prix d’or et étaient tout autant recherchés que leurs oeuvres d’art et cela contribuait à la richesse de la cité. Tout aussi naturellement, Drakensvärt avait bénéficié des gisements pour son développement et s’était rapidement hissée au rang de puissance et de splendeur d’Öskaalie. On venait de partout pour admirer sa beauté, ses magnifiques constructions dont la moindre porte, le moindre ornement était un chef d’oeuvre de ferronnerie. Mais si les minerais précieux étaient avant tout dédiés à l’expression artistique des artisans de Drakensvärt, ils étaient aussi une monnaie d’échange ayant permis l’aménagement de la ville et notamment son approvisionnement en eau et son évacuation. Un système de canalisation aussi ingénieux que couteux avait vu le jour après des années de travaux titanesques quelques décennies plus tôt, quand l’expansion de la ville et l’explosion démographique avaient rendu indispensable un approvisionnement en eau à grande échelle. Par la même occasion, les bâtiments de la ville avaient pris quelques étages et les quartiers résidentiels s’étaient développés. Les riches avaient rapidement migré vers les Palmeraies à la périphérie de la cité dans les quartiers les plus éloignés du centre-ville surpeuplé et constamment embouteillé. À l’abri des grands arbres, ils s’assuraient fraicheur et calme et envoyaient leurs domestiques pour leurs commissions importantes dans le coeur de la ville. De fait, plus on s’éloignait du centre, plus les demeures se faisaient imposantes et somptueuses. Dès lors, on peut sans peine imaginer l’ébahissement de l’étranger qui, après un long et périlleux voyage, voyait soudain émerger sous ses yeux incrédules ces remparts noirs et brillants renfermant comme un écrin cette cité-bijou entourée de palmiers verdoyants contrastants étrangement avec l’austérité des miradors.

C’était là qu’avaient grandi Saya et son ami Samuel ainsi que leurs chevaux, Nöraa et Öde. Comme on l’a dit, les chevaux avaient une place importante en Öskaalie, mais c’était également vrai pour toutes les espèces vivantes et sensibles qui peuplaient cette région. La vie était bien trop rare et précieuse pour être gaspillée inutilement. Ainsi, les équidés étant des alliés naturels des humains dans cette partie du monde, ils trouvaient refuge dans la cité, et vivaient librement dans les Palmeraies, véritables oasis où l’on cultivait aussi moult variétés de plantes et de céréales. Il n’était d’ailleurs pas rare que les chevaux se servent dans les cultures mais ils bénéficiaient généralement des largesses des cultivateurs, qui veillaient à poser des clôtures afin de limiter les dégâts. En échange de leur clémence, ces derniers pouvaient compter sur l’aide précieuse des équidés pour les débarrasser efficacement des mauvaises herbes. La cohabitation entres humanoïdes et animaux était paisible en Öskaalie, à condition que l’une des espèces n’ait pas un intérêt particulier à défendre nécessitant d’éliminer la vie de l’autre. C’était ce terrible et fragile équilibre entre les forces et les intérêts de chacun à survivre qui rythmait la vie et ses tragédies dans le désert. Tout du moins la plupart du temps, car il arrivait parfois que les humains se chargent eux mêmes de cette besogne.

 

 

Voyages en Ogäll ou Les Contrées Hostiles – Chapitre I (suite) 30 novembre, 2010

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 19:46

I.

Sables Mouvants

(suite)

 

 

[Mais Sam ne devait pas mourir. Si elle pouvait seulement lui offrir une petite diversion, un sursis, peut être aurait il une chance de se dégager. Cependant, lorsque le sabre s'enfonça dans la chair du Skaad, il se passa une chose impensable.]


Tout d’abord, Saya fut brutalement interrompue dans son élan car le sabre se brisa en deux en butant sur une écaille intermédiaire du Skaad. De surprise, elle écarquilla les yeux et retomba à deux mains sur la tête du monstre, qui ne ressentit pas même une légère piqure sur le front. Cela ne constitue pas en soit un événement extraordinaire et si Saya avait eu le temps de réfléchir, elle aurait su qu’il ne servait à rien d’attaquer de plein fouet un Skaad pourvu de plusieurs couches d’écailles superposées. Elle aurait du glisser son sabre sous la carapace du monstre pour espérer pouvoir l’atteindre. Mais ainsi désarmée, désemparée face à la mort, la sienne et celle de son ami quelques mètres plus bas, elle refusa l’évidence. Elle agrippa de toutes ses forces deux écailles du Skaad qui recommençait à secouer la tête pour la faire tomber et elle s’entama la peau. Elle poussa un cri de souffrance et de frustration quand l’une des écailles s’enfonça plus profondément dans sa peau déjà meurtrie. Le Skaad se pencha en avant et elle eut l’horrible privilège d’être aux premières loges pour assister à la fin de Samuel qui se débattait comme un beau diable pour s’extirper du poids de sa monture qui respirait encore. C’était un cheval gris prénommé Öde (« Destin » en Öskaalien) en raison de l’incroyable histoire de sa naissance. Il allait mourir dans le ventre de sa mère avant même d’avoir vu le jour quand il avait eu la chance de s’en sortir en coupant lui même avec ses petites dents le cordon ombilical qui allait l’étrangler. Öde était né le même jour que Sam et ils s’étaient choisis à cinq ans pour ne plus se quitter. C’était ainsi entre les équidés et les humanoïdes d’Öskaalie depuis la nuit des temps. Sam pestait et se débattait pour se dégager du poids d’Öde et Öde souffrait de ne pas pouvoir sauver Sam, de ne pas pouvoir se relever et l’emmener loin de cette chose terrifiante. Lorsque le cheval gris vit les langues du Skaad approcher, il sut néanmoins qu’il pouvait faire une dernière chose pour son jumeau humain. Avec l’énergie de celui qui n’a plus peur de mourir car il se sait déjà condamné, Öde redressa la tête et attrapa entre ses dents l’une des langues empoisonnées qui se tendaient devant lui. Aussitôt, les autres langues du Skaad s’enroulèrent autour de lui dans un mouvement purement réflexif. Tandis que le poison le paralysait et que l’énorme gouffre du prédateur s’ouvrait devant lui, Öde sentit la douce et tendre brise du Désert d’Öskaalie lui caresser l’échine, et il sut que c’était la voix de ses ancêtres qui chantait cet air si beau à ses oreilles, le souffle du vent dans lequel il se confondrait bientôt. Cela l’apaisa et il ferma les yeux.

Samuel hurla. Saya vit comme dans un cauchemar le corps du cheval soulevé dans les airs, à quelques mètres d’elle seulement. Alors quelque chose éclata brusquement en elle. Une rage indescriptible, une colère qui brisa toutes les barrières qu’elle avait érigées inconsciemment pendant des années. Sa vue se brouilla un instant, ainsi que toute la scène qui se déroulait au même moment. Un immense brasier s’alluma en elle dont la chaleur lui faisait oublier toute souffrance. Son sang lui même était de feu. Elle ne chercha pas à contenir l’incendie, au contraire, elle l’attisa à la force de sa colère. Ce fut comme l’explosion d’une étoile qui aurait attendu son heure pendant un millénaire. Les vêtements et le turban de Saya explosèrent sous l’intensité du phénomène. Son épaisse tignasse noire et chocolat volait d’une façon surnaturelle autour de son visage. Samuel assistait ébahi au spectacle du corps de son amie disparaissant dans une intense luminosité, une aura sombre se formant progressivement autour d’elle et du Skaad, comme les résidus d’une énorme déflagration. Saya sentait son pouvoir croitre en même temps qu’il se libérait et elle n’en fut pas surprise outre mesure. Elle ne se demanda pas ce qui se passait, elle l’avait toujours su au fond d’elle… Elle avait seulement profondément enfoui son secret  le cachant aux yeux de tous jusqu’à l’oublier elle même. Tout du moins jusqu’à ce jour. Mais il était temps d’utiliser cette force au lieu de la répandre inutilement autour d’elle. Elle enfonça plus profondément ses doigts entre les écailles du Skaad déchainé. Lui aussi avait senti le changement. Quelques instants plus tôt il poursuivait une étincelle et maintenant il avait affaire à un gigantesque brasier. Et il voulait ce pouvoir ! Il était si vieux et il serait tellement bon de réchauffer son corps à la magie de cette Häxa ! Il avait retrouvé son nom en même temps qu’elle s’était révélée au grand jour. Toute cette magie qui saturait chaque particule d’air autour d’eux le rendait fou. Il sentait désespérément le besoin de gouter à ce miel, de s’en remplir, de se vautrer dedans. Un terrible rodéo s’engagea. Les dunes semblaient vibrer sous les cris perçants du Skaad et les tremblements qu’il provoquait en se contorsionnant pour saisir la jeune fille. Le corps de Saya prenait maintenant une couleur de charbon incandescent tandis qu’elle rassemblait en elle toute son énergie. Des motifs runiques irradiaient sur sa peau devenue noire, comme inscrites au fer rouge dans sa chair. Ses yeux eux mêmes, habituellement aigue-marine étaient maintenant comme deux flammes ardentes brulant dans ses orbites. Le sol tremblait sous les assauts du Skaad, les dunes de sables menaçant de s’effondrer en avalanche sur eux. Saya s’en moquait bien. Elle voulait tuer le Skaad.

Elle ne savait pas bien comment manipuler le feu mais elle avait conscience qu’il était dans son sang, qu’il était le sang. Son sang qui coulait sur les écailles du monstre. Elle ferma les yeux, rejeta la tête en arrière et visualisa le feu. Quand elle le sentit concrètement en elle, elle ne chercha pas à le dompter ou à le modeler. Elle le dirigea simplement à travers ses mains à l’endroit même où son sabre avait échoué et le poussa de toutes ses forces. Elle jeta tout son pouvoir en avant et l’effort que cela lui demanda lui fit pousser un cri. Le résultat fût immédiat. Une énorme lance de feu traversa la tête du Skaad de part en part, une vive lumière irradiant par tous ses orifices. La bête s’effondra dans une tempête de sable, foudroyée sur le coup. Saya fut projetée en l’air par la violence de l’impact et perdit connaissance. Tout retomba dans un silence profond, seulement troublé par les cris lointains des charognards qui surplombaient la zone dans l’espoir de se nourrir des restes du Skaad. Il y aurait de quoi se nourrir pendant des semaines une fois le corps débarrassé de ses écailles ! C »était une manne providentielle en ces temps difficiles d’autant que rien n’indiquait un tel dénouement ! Et les Skaads n’étaient pas réputés pour leur prodigalité ! Ils laissaient si peu de restes ! Avec un peu de chance, ils auraient même cette humaine en piteux état en guise de dessert. Son odeur de roussi n’était guère engageante mais après tout, il y avait ici trop peu de ressources pour faire la fine bouche. À moins que l’humanoïde mâle ne l’atteigne avant eux…

Mais Sam était encore sous le choc et n’arrivait pas à croire la scène à laquelle il venait d’assister. Öde mourant sous les assauts du monstre pour le sauver, Saya, la fille avec laquelle il avait grandi, une Haxä ?? Et puis, il vit le corps d’Öde que le Skaad n’avait pas eu le temps d’engloutir, inerte, sur le sol. Il vit la silhouette recroquevillée de Saya juste à côté et quelque chose se rebella dans son coeur. Il se traina vers eux, trébuchant dans le sable comme un ivrogne. Il tomba à genoux à côté du cheval et saisit pleinement la réalité de sa mort. Alors, il laissa éclater sa peine et pleura la perte de son frère. Avec son poignard, il coupa quelques crins gris qu’il embrassa avant de les fourrer dans sa poche et se tourna vers Saya. Il eut soudain peur qu’elle soit morte elle aussi et malgré son appréhension face à la créature qu’elle était devenue, il posa sa main dans son cou. Il perçut le pouls et soupira de soulagement. Au moins ne l’avait il pas perdue, elle. Mais était ce vrai ? Car si ses yeux ne l’avaient pas trahi, Saya ne serait plus jamais la fille qu’il avait connue et aimée. Il était même certain qu’elle ne serait plus de ce monde et ce, dès la tombée de la nuit.

 

 

Voyages en Ogäll ou Les Contrées Hostiles – Chapitre I

Classé dans : fictions,Voyages en Ogäll — Ewillana @ 2:58

I.

Sables Mouvants

Sous le Soleil impitoyable, les dunes de sable noir s’étendaient à perte de vue, donnant l’impression d’un océan figé en pleine tempête. Quatre chevaux continuaient à marcher malgré l’atmosphère de plus en plus pesante, leur sabots s’enfonçant dans le sable brulant jusqu’aux paturons. Tout était étrangement calme et silencieux. Immobile, comme en attente. Les cavaliers jetaient des coups d’oeil nerveux autour d’eux, craignant la colère d’un dieu invisible qui n’attendrait que le moment idéal pour jeter l’Enfer à leurs trousses. Et soudain dans un grondement effroyable, c’est ce qui se produisit. Les dunes s’effondrèrent autour des cavaliers, le sol se dérobant quasiment sous les sabots des chevaux qui s’emballèrent aussitôt dans des hennissements terrifiés. L’océan reprenait vie. Le chef de file hurla :

- Un Skaad ! Foncez !

Les cavaliers rassemblèrent leurs rennes et n’écoutèrent plus que leur peur. Ils talonnèrent leurs chevaux qui n’avaient pas besoin d’autant d’encouragements pour fuir. Un hurlement perçant à vous glacer le sang s’éleva alors dans le ciel de plomb en faisant frémir l’échine des chevaux et des cavaliers. Le Skaad révéla sa présence aux mortels arrivés à point pour son déjeuner. La créature émergea des tréfonds des sables, la gueule grande ouverte. C’était un monstre de près de trente mètres, et celui-ci était un mâle, petit en comparaison de son équivalent féminin qui pouvait atteindre la taille d’un navire de guerre. On en croisait quelques beaux spécimens dans cette région d’Öskaalie, mais il était rare d’en trouver un éveillé à cette heure, surtout si près de la civilisation. D’un naturel solitaire et taciturne, ces énormes prédateurs étaient connus pour préférer les profondeurs en attendant qu’une proie digne de ce nom ne se manifeste et se dérangeaient rarement pour quelques randonneurs à moins d’être particulièrement de mauvais poil. C’était visiblement le cas de celui ci dont la collerette d’écailles rubiconde et les sept langues sifflantes ne laissaient aucun doute sur son humeur du jour. Son énorme tête aux yeux aveugles ressemblait à la gueule d’un dragon dont on aurait remplacé le museau par l’ouverture d’une énorme plante carnivore aux crocs acérés comme des sabres. Son corps taillé tout en longueur était entièrement recouvert d’écailles noires et luisantes. D’énormes pattes palmées se terminant par des griffes recourbées permettaient à l’animal de se mouvoir rapidement dans les sables et d’amener toute nourriture un peu récalcitrante directement à sa destination finale. Mais plus que les crocs et les griffes redoutables du Skaad, le danger principal résidait dans ses sept langues fourchues, qui se tordaient comme des lierres empoisonnés devant la monstrueuse créature afin de saisir sa proie et de la paralyser, comme si sa force colossale et sa vélocité naturelles n’étaient pas des arguments suffisants pour avoir raison de n’importe quel être vivant qui se présenterait à lui. Il fallait aussi être attentif à sa queue, capable de faucher, de projeter en l’air, et d’abattre tout ce qui se présenterait sur son chemin afin de le rediriger plus vite vers sa gueule. Les cavaliers se séparèrent aussitôt sous ordre du guide qui avait sorti son sabre. Le Skaad à l’odorat sur-développé et aux vibrisses ventrales lui indiquant chaque présence par des ondes infimes se propageant dans son corps, secoua la tête furieusement, agacé par autant de signaux contradictoires. Il fallait se concentrer sur une seule odeur. Celle de l’humanoïde qui avait crié et qui avait cette odeur insupportable d’orage mêlé d’un parfum familier mais qu’il était incapable d’identifier, un parfum mystérieux et infiniment ancien qui l’avait réveillé. Il lui fallait cette chose, il se sentait irrésistiblement attiré par elle, comme lorsqu’il lui fallait répondre à l’appel des femelles lors de la saison des chaleurs, quitte à s’en repentir plus tard. Il ouvrit grand sa gueule, déploya ses sept langues devant lui, prêt à l’attraper.

Mais la petite chose humanoïde était rétive. Son odeur entêtante se déplaçait constamment sous ce qui lui servait de nez et faussait ses radars. Peut être que s’il arrivait à attraper le cheval puant, il attraperait plus facilement la chose. C’était agaçant à la fin ! Le Skaad n’avait pas l’habitude de chasser. Les proies venaient à lui sans s’en douter, ignorantes du danger jusqu’à ce qu’il émerge comme un champignon radioactif, et il n’avait qu’à ouvrir la gueule pour attraper son repas. Parfois, il fallait qu’il utilise ses langues et sa queue, mais il allait rarement jusqu’à courir ! Et voilà que cette si petite chose, non contente de le réveiller, l’obligeait maintenant à sortir des profondeurs pour se lancer à sa suite sous un Soleil cuisant ! C’était indigne de sa condition de prédateur ultime et de son intelligence supérieure, mais c’était plus fort que lui. Il sentait intimement qu’il lui fallait engloutir l’humanoïde, le posséder. Aspirer son aura qu’il ne comprenait pas mais qui l’attirait comme un aimant. L’une de ses langues sentit la chaleur de son corps tout près et il bondit en avant, sûr de lui et de sa victoire. Le cavalier aussi sentit sa mort approcher et il abattit enfin son arme, tranchant net l’une des sept langues du Skaad qui poussa un cri d’agonie. Même en étant sa proie, le cavalier ressentit profondément la douleur de la créature dans sa poitrine et son cri déchirant lui transperça le coeur. Mais il fallait vivre alors il bifurqua sur la droite faisant tourner son petit cheval pie d’un mouvement précis des rennes. La bête disparut de nouveau sous le sable et ce ne fut que plus terrifiant pour sa proie. Les autres membres de l’équipée étaient presque arrivés aux miradors, à quelques foulées des murailles. Le cavalier isolé se sentit un peu soulagé de savoir son équipage bientôt à l’abri. Les murailles d’ébène étaient largement à même d’arrêter une armée de Skaads s’il le fallait, s’enfonçant à des milles sous le sable. La certitude qu’elles résisteraient à l’assaut de plusieurs de ces monstres suffisait à se faire une idée de leur incroyable résistance. Le monstre ne réapparaissait pas et le cavalier qui avait eu sa préférence commençait à espérer pour sa survie. Avec un peu de chance, son coup de sabre l’avait fait réfléchir à deux fois… Tandis que son cheval volait littéralement en direction des portes de la cité, il remarqua qu’un des cavaliers ralentissait et faisait finalement volte face. Le guide fronça les sourcils, mécontent. N’avait il pas donné des instructions claires ? Pourquoi celui ci prenait il un risque aussi inutile que stupide ? Il reconnut alors la tunique et le turban de Samuel et faillit soupirer d’exaspération. Il fallait s’en douter ! Mais à peine eut-il le temps de penser à la façon dont il allait le morigéner quand ils se retrouveraient, que le Skaad refit son apparition, plus enragé que jamais. Mais cette fois, il avait pris les devants et réapparut juste sous les naseaux du petit cheval pie. Celui ci se cabra et tomba sur le côté, ce qui eut pour effet désastreux de jeter son cavalier au sol. Mais celui ci n’attendit pas qu’une des six langues fourchues le ramassent et dégagea vigoureusement sa jambe d’un coup de rein tandis que le cheval tentait de se relever. Le Skaad siffla et découvrit les profondeurs de sa gueule pestilentielle. Puis il plongea en avant pour attraper le cavalier qui l’attendait, son arme à la main et les jambes écartées dans le sable. Ce dernier esquiva la première attaque et rata de peu une autre des langues du monstre avec son épée. Il bondit ensuite entre les pattes du titan sans plus réfléchir et agrippa l’une des écailles proéminentes sur un coude. Ainsi suspendu d’une main à l’un des membres de la créature, il réalisa la précarité de sa situation. Profitant que la bête jetait sa patte griffue en avant afin de se débarrasser de l’importun, il se propulsa en l’air dans un salto gracieux et atterrit sur le cou de l’animal, accroché avec la force du désespoir à sa collerette. Si bien accroché même, qu’il réalisa qu’il avait perdu son sabre pendant l’opération… « Oh oh…  » fut sa seule pensée quand il prit conscience de son erreur. Le cavalier comprit qu’il ne tiendrait pas longtemps dans cette position… Déjà, la créature secouait sa tête aveugle en tout sens et les muscles de ses bras et de ses cuisses commençaient à souffrir le martyr. Le cavalier entendit alors son nom :

- Saya !!

Samuel galopait dans sa direction, longeant le flanc du Skaad, sabre en avant. Saya se sentit incroyablement soulagée malgré la témérité confinant à la folie de son ami. Tout un chacun savait qu’il ne fallait pas s’interposer entre un Skaad et son repas, surtout si on avait la chance de ne pas avoir été choisi pour faire partie des festivités. Mais Sam n’était pas ce qu’on pouvait appeler quelqu’un de particulièrement raisonnable et réfléchi. Il poussa même le vice jusqu’à s’approcher du Skaad au point de risquer de se faire écrabouiller par l’une de ses énormes pattes et jeta son arme à Saya qui s’en saisit d’une main. Il s’écarta ensuite pour éviter la queue du Skaad qui s’apprêtait à le faucher et dégaina son deuxième sabre. Il trancha deux langues qui allaient l’encercler et le monstre poussa un énième hurlement d’agonie. Sam n’eut pas le temps d’esquiver la colère du Skaad fou de douleur car celui ci fit voler son cheval d’un coup de patte. Le jeune homme se retrouva coincé sous le poids de sa monture qui ne bougeait plus. Saya su alors que le Skaad allait engloutir son ami d’une seconde à l’autre et se décida. Elle attrapa le sabre à deux mains tout en serrant les jambes autour du cou de la bête comme si sa vie en dépendait, ce qui était effectivement le cas. Elle repéra l’emplacement entre les deux yeux blancs laiteux, seul point faible du monstre, puis elle abattit son arme de toutes ses forces. Elle savait bien que c’était désespéré. Même avec un sabre particulièrement affuté et en s’attaquant au point faible du Skaad, celui là ne ressentirait qu’une petite migraine au contact de son arme. Sa carapace était bien trop épaisse et résistante pour une arme de ce genre. Mais Sam ne devait pas mourir. Si elle pouvait seulement lui offrir une petite diversion, un sursis, peut être aurait il une chance de se dégager. Cependant, lorsque le sabre s’enfonça dans la chair du Skaad, il se passa une chose impensable.

 

 

Réponse à Sven… Ou discussion sur la non-monogamie 29 novembre, 2010

Classé dans : réflexions isolées — Ewillana @ 20:02

Bon alors, m’apercevant que ma réponse à la réaction de Sven lors de mon dernier article faisait finalement trois pages sur Open Office, j’ai finalement décidé d’en faire un post ! Eh oui, cher Sven tu es un petit veinard, un post rien que pour toi dans notre blog ! Bon, je dois dire que j’avais de toute façon décidé d’écrire un article sur la non-monogamie pour développer mes idées en profondeur sur le sujet (ce qui n’avait pas été possible dans Amour et Psychanalyse). Voici donc l’occasion idéale pour le faire… Je pense que cet article sera amené à être complété par la suite… Mais revenons à nos moutons ! ^_^

Bonsoir Sven ! Tout d’abord, merci pour ton intérêt ! Je crois qu’on pourrait se tutoyer, d’autant que nous nous sommes déjà rencontrés ^_^ ! Je vais tâcher de reprendre chaque point que tu as abordé en espérant être claire et concise…

 

[...] Vous énoncez l’idée d’une liberté dans le couple, d’une certaine forme d’indépendance. Sur ce point là je vous rejoins également. On peut être en couple, aimer la personne et éprouver des sentiments ou de l’attirance pour une autre, d’accord.

 

  • C’est déjà pas mal de le reconnaître :)

Mais doit on réellement aller jusqu’au bout de ce raisonnement ? Ne faut il pas poser une certaine nuance ? Faut il se laisser aller à vivre toutes ses passions jusqu’au bout, jusqu’à avoir des relations amoureuses avec plusieurs personnes à la fois ? On laissera de coté les considérations de « propriété sur l’autre » ou même de « jalousie », cela va au delà. Mais dans l’idée d’être en « couple » avec deux ou trois personnes à la fois, peut on développer des relations aussi profondes ? Ne risque t-on pas de verser dans une certaine superficialité ?

 

  • Si on part du principe que l’on a un couple, dans l’acception classique du terme, on part du principe d’une exclusivité stricte où envisager des relations avec un autre que son partenaire est une trahison/tromperie. Il y a donc bien un contrat moral qui stipule bien que l’on ne se « donnera » qu’à cet autre. Dès lors il s’agit bien de propriété. Ne dit on pas d’ailleurs « je t’appartiens » ? Ou « Tu es à moi pour la vie ? », « je te donne mon coeur/âme/corps »… Les expressions pullulent ! Ce n’est donc pas seulement une figure de style et ce quelque soit l’intensité des sentiments ! On part donc ici d’un raisonnement fondé sur l’individu libéré de toutes entraves, et notamment celles du couple. Quelqu’un donc de « célibataire » qui pourrait entretenir des relations diverses et variées avec plus ou moins d’intensité, plus ou moins d’investissement. Il s’agit d’élargir son vocabulaire affectif, pour en finir avec la logique binaire de l’amitié d’un côté et de l’amour de l’autre, admettant l’idée que les sentiments humains sont bien plus complexes pour se résumer à ces deux termes. De là, la question de la « profondeur » d’une relation ne se pose plus… Ça dépend des individus. La question se posera plutôt en ces termes : Pourquoi me priverais-je d’exprimer mon affection pour J. si j’en ai pour lui/elle et si il/elle est d’accord pour en recevoir de ma part ? Dois je attacher J. dès lors que je l’aurais embrassé(e) sur la bouche ? Si j’ai réellement de l’affection pour il/elle, n’aurais je pas plutôt envie de le/la laisser libre, dans son intérêt ?

En effet, dans l’hypothèse d’un couple fonctionnant sur ce système, on ne fait aucun projet, on ne cherche pas à bâtir quelque chose mais simplement à se satisfaire personnellement. Imaginez un couple de deux personnes vivant chacune plusieurs relations amoureuses simultanées, imaginons maintenant que ce couple aie un enfant. Le père voudra t’il l’élever, sachant qu’il a lui-même une ou deux autres personnes vers qui se tourner, et sachant également qu’il n’est qu’une option parmi deux ou trois dans la vie de sa compagne ? On ne peut rien bâtir la dessus, aucun projet d’avenir, tout est dans le superficiel.

 

  • Nous y voilà ! Déjà j’aimerais lever un amalgame courant, que je rencontre très fréquemment lorsque je discute de ce sujet avec mon entourage. Cet amalgame consiste à confondre la relation amoureuse entre deux personnes et le rôle parental qu’ils pourraient exercer un jour. Pourquoi faut il toujours mêler les deux ? Ce sont deux espaces différents (en tout cas je l’espère car mêler sa vie privée/sentimentale et ses éventuels déboires à l’éducation de ses enfants est à mon sens très malsain). Et dès lors qu’on mélange les deux qu’advient-il des gens qui ne souhaitent pas procréer ? N’auront il jamais l’occasion de « construire » quelque chose ? D’avoir une « relation profonde » ? Ou alors la relation amoureuse est elle condamnée à aboutir sur la procréation ? Ce sont deux sujets différents à mon sens.Mais admettons maintenant, pour répondre totalement à ton argument, que deux personnes qui entretiennent une relation d’affection profonde décident d’avoir un enfant ensemble. Où est le problème ? L’enfant doit il vivre avec ses deux parents pour être totalement épanoui ? Que fait on des couples divorcés ? Des parents célibataires ? Sont ils des « ratages » de la parentalité ? Je n’ai pas connaissance qu’il y ait tant d’enfants perturbés et traumatisés dans les familles recomposées ou étant issus de parents célibataires ! Encore une fois, ce qui fait douter d’un tel système, c’est la norme sociale conventionnelle autour de la famille unie vivant sous le même toit avec son petit jardin bien entretenu et son labrador… On oublie trop souvent d’ailleurs que les frustrations et les rancoeurs d’un couple qui s’entend mal et qui maintient à toute force la sacro-sainte « unité familiale » pour coller aux standards de la société inflige bien plus de dégâts chez ses enfants que deux personnes vivant séparément mais en bons termes tout en partageant la garde de leur progéniture. Ça demande peut être des aménagements, mais je n’y vois pas là matière de remettre totalement en question l’idée de la non-monogamie.

On peut aller plus loin. On peut poser l’hypothèse que l’autre personne ne partage pas ces idées. S’ensuivent questionnements, interrogations et doutes, qui sont légitimes. Cette personne est elle réellement heureuse avec moi ? Pourquoi a t’elle besoin de chercher ailleurs une satisfaction ? Elle n’est pas « assez » satisfaite avec moi ? Ces interrogations mène à une insatisfaction du rapport l’autre, non pas parce qu’il n’est pas tout pour l’être aimé, mais parce qu’il est conscient de ne pas rendre l’autre pleinement satisfait. Suivant votre raisonnement, je dirais que cette relation doit s’arrêter dès ce moment. En effet, pour une satisfaction personnelle, on impose à l’autre une relation insatisfaisante, ce qui si vous me permettez est le summum de l’individualisme.

 

  • C’est là que nous nous rejoignons, Sven ! Mon idée des relations amoureuses ne s’imagine pas sans le préalable indispensable du partage de cette acception ! Bien entendu que les deux personnes doivent envisager les choses de la même manière ! C’est une simple question de respect de l’autre et de ses valeurs ! Mais imagine aussi l’autre pendant : si tu imposes ton exclusivité à l’autre, si tu l’attaches à toi par les liens moraux et sentimentaux du couple exclusif alors que cet autre t’affectionnes mais aimerait conserver sa liberté, n’est ce pas frustrant pour lui aussi ? Ne risques tu pas de le rendre malheureux, le forçant à faire un choix entre toi et sa liberté alors qu’il suffirait de concilier les deux ? Et refuser son affection parce que cette personne veut rester libre, n’est ce pas masochiste ? Pourquoi refuser d’être aimé pour une question de possessivité ?Ensuite, tu abordes la question d’être « suffisant pour l’autre » , de le « satisfaire pleinement » c’est donc que tu considères en réalité que tu dois être « tout » pour l’autre au moins sur le plan affectif. Voilà mon point de vue : comment une seule personne peut elle réunir en elle toutes les qualités, toutes les vertus qui permettent à l’autre d’être totalement comblé(e) et de le rester pour toujours (si on part du principe qu’un couple exclusif finira sa vie ensemble) ? À mon avis c’est impossible. On ne peut pas être « parfait » (dans le sens de combler l’autre totalement) et certainement pas dans la durée. Il faudra alors faire des « concessions », ce mot pudique pour parler des sacrifices et des désillusions de la vie de couple. Tout passe un jour ! Nous évoluons chaque jour, alors comment nos sentiments pourraient ils rester toujours les mêmes ainsi que nos désirs, nos idéaux ? Ce que j’avance, c’est une vision qui essaie d’être réaliste sur la vie et les relations affectives. Enfin, voyons les choses encore sous un autre angle : prenons l’exemple de deux personnes qui auraient de l’affection (ou de l’amour) l’un pour l’autre mais à des degrés différents. Dans ton modèle exclusif, il est clair que celui qui aime « moins » sera malheureux, car il sera clairement frustré. Si on suit ton modèle, ce couple va droit au mur avec tout ce que tu as décrit fort justement plus tôt sur l’insatisfaction dans le couple. Et comme celui qui aime l’autre plus que l’autre ne l’aime ne supporte pas que l’autre voit d’autres personnes, alors il faudra se séparer. Moi je pose une seule question : Pourquoi ? Pourquoi refuser l’affection que cet autre a à donner et qui pourrait les rendre heureux ?


Enfin, j’ai énoncé que dans vos certitudes sur comment doit fonctionner un couple, vous manquez de nuance. Cette nuance, je vous la propose. N’est il pas possible d’être en couple, d’être heureux avec l’autre, et de se laisser une liberté mutuelle ? N’est il pas possible d’être en couple et de conserver son indépendance ? En d’autres termes mener sa petite vie, avoir des amis différents de ceux de l’être aimé, mener des vies indépendantes sans toutefois aller voir ailleurs ? Aimer sans être dépendant de l’autre, n’est ce pas cela aimer véritablement ?

 

  • Toute la question est là justement ! Comment dire qu’on est libre quand on ne peut pas explorer cette liberté ? N’y vois tu pas une contradiction flagrante ? Dans ton idée seuls les liens d’amitié sont possibles en dehors du couple. C’est très restrictif ! Et encore ne peut on pas tout faire avec ses amis ! Parce que bien entendu, j’imagine que dans ta définition de l’amitié, il n’y a pas de place pour tous les gestes auxquels on rattache habituellement l’amour : baisers, caresses, relations sexuelles…Néanmoins, je suis d’accord avec ce que tu dis ensuite : aimer sans être dépendant est réellement « amour » selon moi, car il se détache justement des obligations et des devoirs qui ne sont pas sentiments ni partage affectif et des complexes qui sont propres à soi et non à l’autre (peur d’être seul, d’être abandonné…).

Je conclurais juste sur l’idée que ce n’est pas parce qu’on n’a pas été heureux en couple que cela est impossible. Et de mon point de vue, ce n’est pas le cas. Et puis, si l’on n’arrive déjà pas à être heureux a deux, n’est ce pas se rajouter de la confusion que de chercher à vivre plusieurs aventures à la fois ?

 

  • Il ne s’agit pas d’une fuite en avant où on comblerait ses insatisfactions personnelles, ses complexes, ses difficultés dans la relation à l’autre dans une sorte de vagabondage affectif. Il s’agit au contraire d’apprendre à être autonome et heureux en étant célibataire. Non pas comme choix par défaut, non comme une contrainte ou un choix qu’on ferait pour éviter d’avoir à se confronter à ses difficultés mais justement pour être épanoui et s’ouvrir à l’autre, tout en le respectant avec ses limites. Il s’agit d’explorer de nouveaux modes de relations, plus libres, plus souples, plus ou moins enrichissants et de partager son affection avec ceux/celles qui ont envie d’en partager aussi. Il n’y a rien de pathologique là dedans…

Quelques lectures :

Contre l’amour, Collectif

Au delà du personnel, ACL

 

 

 

 

 

 

Amour et psychanalyse 12 novembre, 2010

Classé dans : réflexions isolées — Ewillana @ 15:55

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous livrer un petit texte que j’ai écrit il y a quelques mois et que je n’ai jamais publié pour diverses raisons… Puisqu’il est difficile de vivre libre dans un monde qui ne l’est pas, j’espère que mon verbiage pourra entrouvrir des portes, des fenêtres et pourquoi pas des esprits…

La psychanalyse parle peu des relations d’amour à l’âge adulte. Une fois passée la résolution du Complexe d’Oedipe à l’adolescence, c’est le grand plongeon dans l’inconnu. Le jeune adulte se détourne une bonne fois pour toute de ses parents comme objets d’amour et d’identification, choisit un partenaire en dehors de la famille et tout va bien dans le meilleur des mondes. Après on retrouve les bonnes vieilles valeurs de notre société : mariage, famille et pourquoi pas même le labrador qui va avec. Il y a encore peu, sous l’influence de Lacan notamment, le modèle familial en psychanalyse s’est diversifié : l’homosexualité n’est plus une tare, ni une maladie mentale (depuis 1970 elle a disparu du DSMIV, la « bible » de la psychiatrie américaine), et on pense même qu’un homme puisse faire une bonne mère, qu’une mère célibataire à condition qu’elle ne vive pas en vase clos avec son enfant puisse aussi donner du « père »… Bref, les mentalités évoluent peu à peu, on finit progressivement par admettre que les « ratés de la parentalité » (homo-parentalité, mono-parentalité, problèmes de fécondité et adoption, famille recomposée…) sont avant tout des jugements sociétaux. Mais qu’en est il du couple ? De cet Amour que tout le monde cherche avec ferveur ? Rien ou peu de choses… C’est toujours le même couple monogame et exclusif qu’on entrevoit partout. Le même idéal : trouver l’âme soeur et surtout la garder. Comme si la culture et ses diktats s’arrêtaient à cette notion. On peut modifier l’architecture de la famille, mais pas besoin de remettre en question la notion de couple. Pourtant cette notion est en contradiction certaine avec ce que l’on sait du développement psychologique de l’individu et de son bon déroulement en psychanalyse… Alors faisons quelques petits rappels…


Au commencement était… Le paradis. L’enfant est dans le ventre de sa mère, dans un état de parfaite complétude et de fusion, ne manquant de rien, ne désirant rien. Bref, le bonheur absolu. La mère elle aussi est comblée. Pour la première fois peut être de sa vie de femme, elle n’est plus seule. C’est l’euphorie, la douce folie maternelle si nécessaire aux premiers liens d’attachement. L’accouchement arrive, et cet état de grâce se termine brutalement et dans la douleur, parfois avec grande difficulté. Les rêves et fantasmes maternels (mais aussi ceux du père) se confrontent à la réalité de l’enfant… Décalage parfois plus ou moins terrible et mortifère pour l’enfant et ses parents.


Si ce décalage n’est pas trop important, la symbiose physiologique de la grossesse se poursuivra naturellement par une phase de symbiose psychologique entre la mère et l’enfant. Winnicott appelle cette phase « la phase de préoccupation maternelle précoce » où la mère forme une entité fusionnelle dans un état quasi-psychotique avec l’enfant, état nécessaire pour être « parfaite », pallier tous les besoins de l’enfant quitte à les devancer. Il n’y a alors rien d’autre qui existe au monde que cette unité entre la mère et l’enfant, et celui ci construit la confiance qu’il a en lui et dans le monde grâce à ce lien, parce qu’il vit dans l’illusion (garantie par sa mère) qu’il est à l’origine de toutes ses satisfactions. En effet, sa mère étant parfaitement ajustée à ses besoins, les devançant même, c’est bien qu’il suffit de penser à quelque chose pour l’obtenir, c’est donc bien lui, le nourrisson, qui en est le maitre et décideur ! En psychanalyse, on appelle ça le sentiment d’omnipotence infantile, ou le sentiment de toute puissance infantile.


Et le mythe s’effondre. Le bébé apprend la frustration. La mère qui « va bien » sort de son état quasi-pathologique pour retourner à sa vie de femme et ses préoccupations. C’est le concept de la  « mère suffisamment bonne » chez Winnicott. Elle laisse un tiers s’introduire dans sa relation privilégiée avec le bébé, le Père (au sens symbolique et psychanalytique). Père qui vient signifier les limites de cette relation fusionnelle pour éviter que celle ci ne finisse par être destructrice pour l’enfant et pour la mère. Ainsi, la mère n’est plus « toute » à l’enfant, de même que l’enfant n’est plus « tout » à la mère. Le bébé est donc obligé d’attendre, il découvre qu’il n’est pas à l’origine de ses satisfactions, et ainsi se différencie de sa mère. Il réalise qu’il n’est pas elle, et qu’il en dépend. C’est le début de la haine. Et c’est donc dans la haine que le bébé fait le plus grand progrès : il apprend à penser. Parce qu’il doit attendre, il doit trouver un moyen de patienter. Il va donc commencer à « imaginer », en fantasmant la satisfaction de ses besoins, le retour de sa mère… Il va aussi dans le même temps commencer à investir d’autres relations, à se tourner vers autrui et bâtir les bases de sa future indépendance, notamment avec le Père…


Le temps passe. L’enfant grandit et construit son identité sur le modèle parental, premier modèle social. Le jeune enfant désire plus ou moins secrètement s’approprier alternativement chacun de ses parents et développe des sentiments haineux contre le parent rival. C’est l’œdipe. Le désir de revenir à cet état antérieur où il possédait sa mère et où il était tout pour elle. Mais il sait que c’est impossible (si tout se passe bien) et doit se résigner s’il ne veut pas perdre l’amour de l’autre parent. Il apprend aussi la différence fille/garçon, et celle des générations. La place des pairs commence à prendre de plus en plus d’ampleur et la mère doit apprendre à renoncer de plus en plus à son enfant, qui commence à prendre son indépendance.


Le temps passe encore, c’est l’adolescence. Tout à coup, le corps change, l’enfant devient en mesure de se mesurer au parent rival, il en a la maturité physique et sexuelle. C’est la reviviscence de l’Oedipe. La proximité avec les parents devient dangereuse, il faut à tout prix en sortir. Pour exister et avoir son identité propre, il va falloir s’exiler. Partir pour vivre. Ainsi l’adolescent ira chercher ailleurs ses modèles d’identification et ses objets d’amour. Trouver sa place. C’est un long travail qui commence, fait de retours et d’avancées, de succès et d’échecs, en tout cas pas un processus linéaire, en quête constante d’autonomie. On sait tous quand commence l’adolescence pour chacun d’entre nous, mais pas quand elle se termine…


On l’aura compris, chaque phase de développement est un nouveau pas vers l’autonomie, un pas vers l’autre et vers le monde. Et puis brutalement, on repasse à un modèle archaïque de relation, où l’autre doit être tout pour soi, où l’on doit être tout pour l’autre, dans un couple fusionnel et étriqué. Alors que l’on avait appris à varier ses relations, à mettre une limite à la fusion maternelle, on exige de l’autre qu’il soit le centre de son monde, à ne dépendre que de lui, au nom du Grand Amour. Ne serait ce en réalité que le fantasme d’un retour à la fusion maternelle auquel on ne peut renoncer ? Une vague de nostalgie pour un état primitif idéalisé ? Pourtant, nous avions tous appris les dangers d’une trop grande proximité : risque de perdre son identité, le contact avec la réalité, l’immense souffrance d’un désir jamais comblé, une relation où l’autre qui ne peut jamais être parfait sera toujours frustrante. La plupart du temps, nous sommes des êtres équilibrés, bien différenciés et relativement autonomes. Alors nous sommes pris de désirer « ailleurs » que dans le couple, tout comme nous nous étions dégagés de la relation maternelle pour exister. Ce serait donc un élan de santé, et pourtant c’est un interdit absolu dans notre société. J’y vois une grande contradiction. Pourquoi ce retour en arrière ? Et comment la psychanalyse peut elle passer à côté de ce paradoxe ? Alors qu’il suffirait d’accepter de partager son affection, de varier nos relations, de s’enrichir de nouvelles rencontres, d’être libre et de laisser l’autre libre en retour.


Mais voilà, la peur de la solitude est là, insidieuse, ainsi que la culture capitaliste de nos sociétés, mélange explosif. Dans une société où l’individualisme fait loi et où la propriété est devenue une valeur à laquelle se raccrocher, le modèle du couple parfait et exclusif est un idéal à atteindre. Malheureusement, nous nous y cassons les dents. Tout comme il était aliénant, impossible et malsain pour la mère de rester à jamais parfaite pour son enfant, l’autre ne peut pas correspondre à nos attentes comme un parfait miroir. Il s’épuisera à vouloir nous satisfaire dans le même temps que nous n’arriverions pas à le combler parfaitement. Cet amour s’auto-consumera avec le temps, et les désillusions arriveront petit à petit. On commencera à se dire que l’herbe serait peut être plus verte ailleurs, et ce constat mènera à la rupture parce que dans le couple exclusif, il n’y a pas de demi-mesure : soit on aime l’autre absolument, soit on ne l’aime plus. Tout comme le bébé croyait avoir une mère parfaite quand elle le comblait ou une mère mauvaise et persécutrice quand elle le frustrait (voir notamment les travaux de Mélanie Klein), les membres du couple exclusif ne font pas dans la nuance. Et après la séparation, on continuera la quête impossible et sans fin de l’autre parfait qui saura exaucer nos voeux de complétude. Dans le pire des cas, nous serons tellement apeurés à l’idée de finir seuls que nous préférerons rester enchainés à un autre que l’on n’aime plus ou moins, quitte à sacrifier les relations possibles et l’enrichissement de nouvelles rencontres pour maintenir l’illusion de la stabilité et de l’harmonie dans un couple aussi creux qu’un arbre mort qui ne tient que par ses racines.


Pour pallier souffrances de ce mode relationnel impossible à tenir dans sa position idéale, la psychanalyse et la psychologie ont développé les thérapies de couple, ultimes tentatives pour conserver à toute force l’unité du couple. Sauver le navire à la dérive. Sans se poser la question de savoir si ce n’est pas l’architecture même du couple qu’il faudrait remettre en cause. Sans travailler cette angoisse profonde de la solitude et de l’abandon, l’origine de la jalousie. Qui n’ont en fait rien à voir avec le couple, mais où tout est à comprendre dans l’histoire du sujet et sa construction identitaire. Sans développer un nouveau modèle relationnel où la propriété sur l’autre disparaitrait, où les places seraient plus flexibles, plus fluides, ainsi que les sentiments et les individus plus libres. Où il serait possible de se dégager de l’autre, de ne plus en être dépendant et de chercher des satisfactions dans la relation aux autres, de partager son affection, sans pour autant verser dans le vagabondage sexuel ou pseudo-affectif. Une juste mesure dans la relation à autrui, où l’authenticité primerait sur la peur de l’inconnu et de la solitude. C’est dans un modèle dégagé des contraintes de l’attachement forcené qu’on pourrait investir plus de temps pour soi, pour s’épanouir en tant que personne, développer d’autres relations riches sur le plan intellectuel, affectif et pourquoi pas sexuel. Pour cela la psychanalyse et la psychologie ont encore beaucoup de barrières intellectuelles, culturelles et sociales à franchir…

 

 

Petite discussion autour de la recette du caviar d’aubergine… 29 janvier, 2010

Classé dans : réflexions isolées — Ewillana et Nizou @ 0:25

Un après midi banal sur Pidgin…

(16:37:41) Ewillana: Allez nizou, sors moi une idée brillante de ton petit crâne. J’ai les doigts qui frétillent.

(16:38:11) Nizou: heuuuuu

(16:38:23) Nizou: *auto-connexion synaptique*

(16:38:37) Nizou: *shlouk*

(16:39:55) Nizou: Faudrait que j’commence à mettre des recettes mais pour ça faut que j’commence à cuisiner

(16:40:01) Ewillana: mdrrr. Mon article va commencer par « un après midi sans idées et une envie d’écrire »

(16:40:23) Nizou: J’imagine que tu n’as pas pris de photos de ton caviar d’aubergine ?

(16:40:52) Ewillana: J’ai pris des photos mais ça ressemble à du vomis avec le flash (désolée pour l’expression)

(16:41:03) Nizou: Mééééé faut pas de flash!

(16:41:09) Ewillana: Mais sans c’est pire !

(16:41:10) Nizou: Faut le disposer dans de jolies coupelles avec un filet d’huile d’olive et une tite feuille de persil par exemple !

(16:41:27) Ewillana: Trop tard : il a été achevé

(16:41:32) Nizou: roooh et après ça fait une jolie photo ^^

(16:41:44) Ewillana: Et puis c’est une recette qui m’ait pas propre

(16:41:53) Nizou: Les recettes n’appartiennent à personne

(16:41:58) Ewillana (sceptique) : ouuaisss

(16:42:37) Nizou: M’enfin voyons ! Une recette ça ne peut pas appartenir à quelqu’un !

(16:43:02) Ewillana: T’crois ?

(16:43:22) Nizou: Roh t’es très attachée à la notion de brevets intellectuels toi :p

(16:43:38) Ewillana: Ouais mon cerveau c’est le mien je le donne à personne

(16:43:44) Nizou: Et même si c’est le cas les recettes font parti des choses dont on ne peut légalement pas prétendre à possession et même si c’est le cas, les recettes font partie des choses dont on ne peut légalement pas prétendre à possession. Moi je n’ai pas de reconnaissance pour les brevets. Pour moi une idée appartient à toute personne capable de la penser. Comment une personne ou une société peut elle prétendre posséder une idée que tu es capable de réaliser et de penser ?

(16:45:05) Ewillana: Je note

(16:46:35) Nizou: L’idée est juste le pendant psychologique d’une chose qui existe déjà avant qu’on en soit conscient et existera toujours lorsque nous serons tous morts. Ça appartient à tout le monde et à personne à la fois :/ C’est pas parce que j’ai créé une recette que je peux prétendre qu’elle est à moi, que personne ne peut la réaliser sans me demander la permission ou la diffuser ou j’n'en sais rien … Encore cette manie de l’homme à vouloir tout posséder et tout se partager inéquitablement. C’est ça les brevets. Une connaissance, ça n’appartient pas à un homme ou société, même si c’est le premier humain à l’avoir pensée. Une connaissance, ça appartient à toute l’humanité.

(16:49:30) Ewillana (nounouille de service): Et pourquoi ?

(16:50:13) Nizou: Parce qu’à partir du moment où tu es capable de le penser comme moi y’a aucune raison que je prétende le posséder et pas toi.

(16:50:33) Ewillana (taquine): Même si j’ai copié sur toi en lisant ?

(16:50:43) Nizou: Oui. On ne fait pas ça tout le temps peut être ?

(16:51:06) Ewillana: Ben si mais on appelle ça « apprentissage » …

(16:51:22) Nizou: Pour se construire on n’est pas toujours en train de regarder autour de soi et d’intégrer ? Que ce soit des choses humaines, ou physique/naturelles ou j’sais pas quoi?

(16:51:23) Ewillana: On ne prend pour autant pas le nom de celui qui a travaillé sur tel ou tel sujet.

(16:51:34) Nizou (bug): On prend le nom?

(16:51:42) Ewillana: Ben je veux dire pour les théories ou autre … Le type bosse dessus des années. Moi j’arrive derrière j’apprends sa théorie. Génial. Je vais pas dire ensuite c’est ma théorie. Ce serait pas très sympa pour le type.

(16:52:44) Nizou: En effet, mais ça n’est pas quelque chose qu’on aurait le droit de réglementer ! T’as le droit de prétendre ce que tu veux. Et l’inventeur est en droit de dire qu’il l’a inventé. Mais là n’est pas la question ! Les brevets c’est non seulement de dire qui l’a inventé, mais surtout d’interdire à tout autre d’utiliser l’idée ! On ne va pas museler la liberté d’expression non plus? :/ Si t’as envie de dire que t’as inventé la théorie de la relativité, libre à toi. Pour moi tu l’inventes à partir du moment où tu es capable de la reproduire par toi même. À partir du moment où tu l’as appris quoi. Einstein est simplement le premier à l’avoir inventée. Tous ceux qui l’ont comprise après lui, l’ont inventée à leur tour, et peuvent prétendre la posséder autant que lui.

(16:54:33) Ewillana: Le problème c’est l’argent … Et la notion d’effort ?

(16:55:28) Nizou: Oui, l’argent c’est autre chose. La notion d’effort ? On n’a pas forcé Einstein à faire ses recherches !

(16:55:53) Ewillana: Le premier a avoir inventé la théorie, il partait de pas grand chose… Alors que ceux qui la reprennent, ne font que la reprendre justement.

(16:56:08) Nizou: Il a fourni ces efforts parce que c’est sa passion, et il a été payé pour ses efforts.

(16:56:19) Ewillana: Ah oui sûrement. Mais il est quand même juste d’être reconnu premier. C’est grâce à lui qu’on a avancé ensuite

(16:56:44) Nizou: Bah oui je ne dis pas que celui qui y a pensé le premier n’a pas plus de mérite que les autres. Ce que je dis c’est qu’en aucun cas l’idée lui appartient. C’est deux choses différentes.

(16:57:05) Ewillana (docile): D‘accord. Donc là si je te copie dans un fichier texte pour le diffuser dans notre blog, tu vas pas me taper dessus ?

(16:57:45) Nizou: Nan pas du tout :)

(16:57:48) Ewillana: Aaaaaaaah. Et je pourrais donc dire : voici la recette du caviar d’aubergine que j’ai réalisé il y a deux semaines, que je n’ai pas inventée mais réinventée à ma manière.

(16:58:47) Nizou: Que t’as inventée à ton tour!

(16:58:51) Ewillana: Ouais… Je suis un génie en fait.

(16:58:55) Nizou: Ou plus simplement: voici MA recette du caviar d’aubergine qu’elle soit la même que celle que t’as trouvée ou pas, elle t’appartient aussi à toi. Si tu juges bon de citer le blog et la personne d’où ta trouvé la recette libre à toi ! C’est même élégant

(16:59:44) Ewillana (s’ouvre à de nouvelles perspectives): Hmmm.

(16:59:52) Nizou: Mais tu n’y es pas contrainte.

(17:00:32) Ewillana: Vivent la libre circulation des connaissances et la liberté d’expression !

(17:00:41) Nizou: Oui ^^

(17:00:42) Ewillana: Et vive le caviar d’aubergine tartiné sur du pain !

(17:00:54) Nizou: Je suis un fervent partisan de la libre circulation des connaissances ! Un exemple de la connerie des brevets intellectuels : Tu sais que google a fait un portable qui ressemble beaucoup à l’iPhone d’Apple . Tactile toussa…

(17:01:43) Ewillana: Yeap.

(17:02:05) Nizou: Bah sur la version américaine de ce portable, le multipoint est desactivé . Enfin, carrément supprimé des options . Tu sais ce que c’est le multipoint ?

(17:02:28) Ewillana: Nope.

(17:02:42) Nizou: C’est qu’en touchant avec plusieurs doigts on peut faire des actions. Comme agrandir, rapetisser, tourner … Tu n’as jamais vu ça ?

(17:03:10) Ewillana (doute mais veut pas passer pour une ignarde) : Euh probablement si…

(17:03:20) Nizou (désespéré) : Tu sais tu mets deux doigts et tu tournes ! Ou tu les rapproches pour faire s’éloigner l’image … !

(17:03:29) Ewillana: J’ai pas ça sur mon Samsung… Sûrement à cause d’Apple .

(17:03:39) Nizou: Exactement. C’est apple qui a breveté ça le premier. Mais dans le domaine logiciel, seul les États-Unis reconnaissent les brevets (le bastion du capitalisme). Donc ce brevet ne concerne normalement que les États-Unis. Ce qui fait que pour que d’autres marques ou même un amateur crée un logiciel qui fait du multipoint, il faut qu’Apple t’en donne l’autorisation. Et vraisemblablement que tu leur paies une redevance. Parce que cette idée leur appartient. « Appartiendrait » selon moi. Ce qui explique qu’aux États-Unis, le portable de google n’a pas de multipoint et que ton portable n’en a pas non plus. C’est pas ridicule ?

(17:06:33) Ewillana: Hmmm, si. Je réfléchis …

(17:06:41) Nizou (comme si c’était possible): :p C’est justement d’ailleurs ce contre quoi lutte le mouvement du logiciel libre en informatique. Lorsque qu’une société fait un logiciel sous licence propriétaire, non seulement elle ne publie pas les sources, mais elle prétend en plus que ces lignes de code sont sa propriété exclusive. Les licences libres font tous le contraire. Quand un développeur publie en licence GPL, il assure justement que ce qu’il a créé tombe irrémédiablement dans le domaine public, que ces connaissances (ligne de code ou autre) soient librement distribuables, utilisables, et modifiables par tous. Et que personne ne puisse plus se les attribuer exclusivement, donc. Ces idées sont à jamais la propriété de tous. Dans le même mouvement qui consiste à concentrer les richesses et à créer des inégalités, à considérer l’autre comme un concurrent plutôt que comme un partenaire, bah on s’approprie aussi les idées.

(17:09:51) Ewillana (apprend des trucs) : Ouais d’accord…

(17:09:53) Nizou: Par exemple le noyau Linux tel qu’il est aujourd’hui est à jamais la propriété de tous, car sous licence GPL.

(17:09:59) Ewillana: Mais y’a surement l’idée de concurrence derrière tout ça et d’argent.

(17:10:19) Nizou: Oui, cette idée des brevets est un instrument du capitalisme.

 

(more…)

 

12
 
 

VAUT MIEUX PREVENIR QUE PERIR |
TOUR ANTOINE et CLEOPATRE |
dearlove |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | THE EMPEROR TRIES
| Le Blog de Papy Steph
| La Caverne d"Ali Baba